—Ah! c'est comme ça!… tu prétends m'en remontrer!… eh! bien, je vais te donner une leçon. Tu vas voir comment on s'y prend pour faire connaissance avec une princesse qui vient chercher fortune à la musique du Luxembourg.
Et, dégageant son bras, Mirande alla droit à la liseuse.
Paul essaya de le retenir. Il n'y réussit pas et il resta, planté sur ses jambes, au milieu de la terrasse, et fort embarrassé de sa contenance, pendant qu'à dix pas de lui, le beau Mirande s'asseyait sans façon sur une des chaises restées libres à côté de la dame.
Cette fois, elle leva la tête et elle se montra dans toute sa radieuse beauté.
C'était une blonde aux yeux noirs, une blonde qui avait le teint mat et chaud d'une Espagnole de Séville avec la physionomie intelligente et vive d'une Parisienne de Paris.
Pas du tout intimidée, d'ailleurs.
—Pardon, madame, commença Mirande en retroussant sa moustache, vous devez vous ennuyer toute seule et je me suis dit…
Il n'acheva pas sa phrase. La dame le regardait fixement et ses yeux n'exprimaient que le dédain, mais un dédain si calme et si fier qu'il s'arrêta net.
Les grosses galanteries qu'il allait débiter lui restèrent dans le gosier. Et alors se joua une scène muette qui ravit d'aise l'ami Paul.
Déconcerté par ce regard froid et par ce silence hautain, Mirande ôta son chapeau qu'il avait, d'un geste conquérant, enfoncé sur sa tête avant de s'emparer de la chaise vacante, alors qu'il croyait à une victoire facile.