CALFA.

Je vous approuve, monsieur Gérôme, j’aime ces nuances. Certes, je sais, quand il le faut, ne reculer devant aucun scandale ; mais, si celui que nous craignons et que nous attendons se produit, il sera assez retentissant, il nous fera suffisamment d’honneur, pour qu’il soit inutile d’y ajouter le piment du sacrilège ! (Aux agents.) Et justement, Messieurs, je vous rappelle ce que je vous ai dit : vous allez être disséminés parmi les fidèles et les invités ; vous ne devez vous faire remarquer pendant la cérémonie que par votre correction et votre recueillement.

GÉRÔME.

Dois-je me retirer si vous avez à donner quelques instructions confidentielles ?

CALFA.

Mais pas du tout. Il ne me reste qu’à jeter un coup d’œil sur ces tenues bourgeoises : vous êtes homme de goût, vous n’êtes pas de trop. (Revue.) Ah ! d’abord une observation générale : je remarque que vous avez tous pris vos matraques, c’est très bien ; même au milieu d’une foule inoffensive, un représentant de la force publique ne doit jamais marcher désarmé. Seulement je vous recommande de vous en servir à la façon des gentlemen, c’est-à-dire en portant votre chapeau au bout. Maintenant, voyons les détails. Ah ! Lambert, il ne fallait pas vous mettre en habit, mon garçon ; même en province, il n’y a que les gens de la noce qui portent l’habit, et vous figurez seulement un invité à la cérémonie… Enfin, vous boutonnerez votre pardessus. Lerouge, on ne vient pas à une messe de mariage en veston de chasse ! Allons, mettez-y ce ruban violet : comme ça, ça ira tout de même. Bien, Guibal, tournez-vous un peu ; bien ! Ah ! seulement la cravate… attendez que je vous arrange un peu ce nœud-là. Bien. Qu’en dites-vous, Monsieur Gérôme ?

GÉRÔME.

Mon Dieu, ces messieurs se sont peut-être donné beaucoup de mal. Vous savez, Monsieur Calfa, dans nos petites villes, tout le monde se connaît. Alors que Guibal, ou Lambert, ou Lerouge, aient ou n’aient pas leur uniforme, chacun sait bien qu’ils en sont.

CALFA.

Raison de plus pour que leur tenue soit irréprochable et qu’ils fassent honneur à la police. Je ne prétends pas qu’ils donnent le ton, mais du moins, en les voyant, je veux qu’on dise : A la bonne heure ! quand les agents d’ici sont en civil, ils ne sont pas habillés comme des mouchards. Mais il est temps que je prenne mes dernières dispositions.