JEUNHOMME.
C’est vrai qu’au fond vous êtes comme moi, nous sommes tous les deux sous la surveillance de la police : moi, c’est la police administrative, et vous la police de vos administrés…
LA PRÉFÈTE.
Et la mienne n’est pas plus amusante, mon pauvre Jeunhomme ! Elle a bien plus d’yeux, d’abord, et bien plus d’oreilles, et elle y met d’autant plus de zèle qu’elle n’est pas payée pour ça. Aussi ce que c’est bon de lui échapper un peu, de se sentir libre : croyez-vous que, lorsque je reviendrai ici, préfète, nous pourrons causer comme cela tranquillement tous deux ?
JEUNHOMME.
C’est vrai ; c’est-à-dire que moi, je le pourrais : je suis presque plus libre que vous.
LA PRÉFÈTE.
Ah ! songer que du moins, en ce moment, personne dans cette église, ne se doute, ne se soucie de ma présence, que personne ne s’inquiète de moi !
JEUNHOMME.
Personne. Et pourtant tout le monde est là, car, je vous le disais, c’est un grand mariage et, si vous voulez rester, vous verrez défiler, sans qu’il s’en doute, tout le personnel de vos réceptions futures, vous le connaîtrez avant qu’il ne vous connaisse.