Monsieur le Rédacteur,
Une surexcitation facile à comprendre agite en ce moment notre population de Chaumettes ; voici les faits : l’instituteur Moulineau, qui vient de perdre une petite fille de deux ans et demi, a annoncé publiquement qu’il voulait un enterrement civil. Assurément toutes les opinions sont libres, même les moins respectables ; mais il y a cependant des limites où le scandale ne devrait pas être permis. On frémit en effet en pensant que c’est à de semblables hommes, aveuglés par l’esprit de parti, caudataires et prisonniers de la franc-maçonnerie, ce sont eux à qui nous devons confier le soin de former le cœur et l’âme de nos enfants. On frémit en songeant aux générations qu’un semblable enseignement nous prépare, et l’on ne peut s’empêcher de relever dans les annales de la criminalité, depuis que Dieu est banni de l’école, la précocité de jour en jour plus effroyable dont font preuve les plus récentes recrues de l’armée du vice. Mais, en ce moment, ce que nous voulons simplement constater, c’est que l’instituteur Moulineau est la créature de Martin-Martin, et que l’enterrement civil de la petite Moulineau prend une signification toute particulière, au lendemain du jour où, dans la discussion du budget des cultes, Martin-Martin s’est affirmé avec l’attitude violente dont le Journal Officiel nous apportait hier les lamentables échos. A coup sûr, nous serions les premiers à déplorer qu’un enterrement, quel qu’il soit, pût servir de prétexte à des manifestations toujours regrettables ; mais j’ai cru devoir vous signaler ce qui se passait, pour que les responsabilités, le cas échéant, soient bien établies, et que les honnêtes gens de tous les partis voient et sachent de quel côté est venue la provocation.
Un père de Famille.
Du Petit Tambour :
TOUCHANTE MANIFESTATION
On nous écrit de Chaumettes :
Monsieur le Rédacteur,
L’enterrement de Mlle Moulineau, la charmante enfant de notre pauvre ami, le distingué instituteur de Chaumettes, a eu lieu ce matin au milieu d’un concours considérable, d’une foule respectueuse et recueillie venue pour témoigner de sa sympathie à la douleur de M. Moulineau, et aussi à la fermeté et à la dignité de sa conduite dans cette douloureuse circonstance. Disons tout de suite que, contrairement aux bruits qui avaient été répandus, nulle note discordante n’est venue troubler cette manifestation à la fois imposante et touchante, et qu’en dépit des provocations souterraines de certaines personnalités dont il serait aisé de soulever le masque, les sectaires les plus intransigeants ont eu la sagesse ou la pudeur de ne pas bouger.
Au cimetière, un éloquent discours a été prononcé par M. Bedos, conseiller municipal à Marseille, et ami personnel de M. Moulineau. Nous regrettons de ne pouvoir reproduire cette superbe improvisation, où, dans un langage élevé et vibrant d’émotion, M. Bedos a montré la marche ascendante de l’esprit humain, se dégageant progressivement de toute mainmise, de toute superstition mesquine et avilissante, pour affirmer un Idéal supérieur que réalisera l’Individu parfait et tel que l’aura conçu et formé la Société égalitaire.