D’ailleurs, disons-le, l’avantage est obscur que les habitants de l’Instar prétendent retirer d’une effective proximité de Paris ; il est établi qu’à quatre heures de distance ils n’y viendront pas davantage, ils ne se déplaceront pas sensiblement plus souvent, que lorsque, pour s’y rendre, il leur fallait onze heures d’express. Et si un concours de circonstances les appelait à Paris même, outre que des conditions de vie fort désavantageuses bouleverseraient péniblement leurs habitudes matérielles, plus grand encore serait le risque que courraient leurs habitudes d’esprit : l’habitant de l’Instar n’est pas armé pour différencier, à leur valeur, M. Jean Rameau et M. Léon Dierx ; mais, d’autre part, à la terrasse du café Napolitain, conçoit-on quel abîme sépare un conservateur des forêts d’un contrôleur des contributions directes ? Et je pressens, tous comptes faits, un lamentable désarroi.

Je voudrais qu’au sortir d’une de ces solennités qui leur sont propres, disons le vernissage, ou une répétition générale aux Variétés, il prît fantaisie à nos boulevardiers de venir passer quelques heures en ce pays de l’Instar ; qu’après avoir communié avec tant de personnalités bien parisiennes, on assistât au dîner des chefs de service, par exemple, ou au départ d’un ancien préfet. Du voyage en Instar se dégagerait alors le véritable enseignement, la petite leçon philosophique : et l’on reviendrait de là plus intimement persuadés, non pas que les choses, occupations et préoccupations des gens, et les gens eux-mêmes, sont sans importance (ce ne serait vraiment pas la peine), mais que les gens et les choses (et j’entends ceux de là-bas comme ceux d’ici) — n’ont vraiment d’importance qu’à l’endroit précis où on leur en donne, ou, plus exactement, n’ont que l’importance qu’ils se donnent.

J’imagine que l’on se convaincrait également, voyant les uns en quittant les autres, que la vérité n’est pas plus de vivre en Instar que dans le pays d’à côté, — ici ou là, pas davantage, mais bien ailleurs : — c’est-à-dire chez soi.

PETIT PRÉCIS
DE LA CONVERSATION FRANCO-INSTAR

CHOIX DE QUINZE DIALOGUES GRADUÉS ET FACILES POUR CAUSER EN SOCIÉTÉ
SUIVIS D’UN EXERCICE DU DEGRÉ SUPÉRIEUR A LA FAÇON DES PIÈCES DE THÉATRE

[I.]Pour choisir un appartement.
[II.]Pour rendre les premières visites.
[III.]Pour donner un grand dîner.
[IV.]Pour jouer au bésigue.
[V.]Pour inviter sans façon.
[VI.]Pour aller à la préfecture.
[VII.]Pour attendre de la famille.
[VIII.]Pour faire un voyage d’agrément.
[IX.]Pour enterrer le directeur.
[X.]Pour assister à un mariage.
[XI.]Pour blâmer une certaine personne.
[XII.]Pour arriver de Paris.
[XIII.]Pour dire son fait à Wagner.
[XIV.]Pour aborder les questions d’art.
[XV.]Pour agiter les grands problèmes.

PETIT PRÉCIS
DE LA CONVERSATION FRANCO-INSTAR

I. — Pour choisir un appartement

— Ce à quoi nous tenons, justement, c’est à avoir une maison seule, avec un petit jardin.

— C’est ce qui avait décidé le commandant de recrutement, surtout à cause des enfants.