L’épithète de rococo peut s’appliquer à cette partie de la population française qui a gardé les modes surannées, le goût des habits galonnés et des nœuds d’épée en diamant, comme à celle qui, par un fier royalisme, reste dévouée à son roi légitime, bien qu’elle n’en puisse plus rien attendre; tel est du moins le sens du mot rococo dans la bouche d’un doctrinaire. Mais entendez maintenant un républicain le prononcer: il l’appliquera à toute espèce d’autorité régulière, même au pouvoir actuel, et, en fait, à tout ce qui se rapporte à la loi ou à l’Evangile.

Il y a un autre adjectif qui me paraît être employé très fréquemment et qui mérite tout autant d’être considéré comme étant à la mode. C’est un bon vieux mot régulier, admirablement expressif, et aujourd’hui d’une utilité plus qu’ordinaire:

MADEMOISELLE MARS

(A. Lacanchie del., 1836) (Bibl. Nat.)

l’adjectif décousu. Les esprits raisonnables semblent s’en servir pour qualifier la divagation de la nouvelle école littéraire et tous ces lambeaux d’opinions qu’ont recueillis au hasard les jeunes gens qui dissertent sur la philosophie, comme il est en ce moment de bon ton de le faire à Paris.

Si la population entière devait être classée en deux grandes divisions, je doute qu’elle le pût être plus explicitement que par ces deux termes: les Décousus, les Rococos. Je vous ai dit de quoi se composerait la classe des Rococos. Celle des Décousus comprendrait toute l’école ultra-romantique: romanciers, poètes, auteurs dramatiques; les républicains de toutes nuances, depuis ceux qui avouent admirer «l’ardent Robespierre», jusqu’aux paisibles disciples de Lamennais; enfin la plupart des écoliers et toutes les poissardes de Paris...

II