Là aussi, comme aux Tuileries, de petits pavillons fournissent de quoi désaltérer les assoiffés de politique; et là aussi, nous pouvons distinguer le mélancolique champion de la branche aînée des Bourbons, qui, au moins, est sûr de trouver des consolations dans sa fidèle Quotidienne et de la sympathie dans La France. Le républicain morose marche fièrement, comme d’habitude, pour se saisir du Réformateur; tandis que le confortable doctrinaire sort du café Véry en méditant sur le Journal des Débats et sur les chances de ses spéculations chez Tortoni ou à la Bourse.
Ce fut en nous promenant dans les galeries qui entourent le jardin que nous remarquâmes les figures dont je vous parle et bien d’autres trop nombreuses pour vous les dépeindre. Ce jour-là, nous nous étions promis, pour satisfaire notre curiosité, de dîner, non chez Véry ou dans quelque autre restaurant très renommé, mais tout bonnement à un restaurant à quarante sous par tête. Ayant fait le tour des galeries, nous montâmes donc au second étage du numéro..., j’oublie lequel: c’était là qu’on nous avait recommandé tout spécialement de faire notre coup d’essai. Et la scène que nous vîmes en entrant, après avoir suivi une longue file de gens qui nous précédaient, nous amusa par sa nouveauté.
Je ne dis pas que j’aimerais à dîner trois fois par semaine au Palais-Royal pour quarante sous par tête, mais je dis que j’aurais été très fâchée de ne pas l’avoir fait une fois et que, de plus, j’espère de tout cœur que je le ferai encore.
Le dîner était extrêmement bon et aussi varié que notre fantaisie le désira, chaque personne ayant le privilège de choisir trois ou quatre plats sur une carte qu’il faudrait un jour pour lire entièrement. Mais le repas était certainement la partie la moins importante dans notre affaire. La nouveauté du spectacle, le nombre de gens étranges, la parfaite aménité et la bonne éducation qui semblaient régner parmi eux tous, tout cela nous faisait regarder autour de nous avec tant d’intérêt et de curiosité que nous oubliâmes presque la cause ostensible de notre visite.
Il y avait là beaucoup d’Anglais, principalement des hommes, et plusieurs Allemands, avec leurs femmes et leurs filles; mais la majorité de l’assistance était française, et, d’après plusieurs petites discussions quant aux places réservées pour eux que l’on avait laissé prendre, d’après différentes paroles d’intelligence qu’ils échangeaient avec les garçons, il était clair que beaucoup d’entre eux n’étaient pas des visiteurs de hasard, mais avaient l’habitude quotidienne de dîner là.
Quel singulier mode d’existence et
PALAIS-ROYAL. (MARCHAND AMBULANT, CARDEUSE DE MATELAS, PORTEUR D’EAU, ETC.)
(Par Schmidt) (Coll. J. B.)