Elle dégage je ne sais quelle grâce de poésie automnale, propice aux furtifs examens de conscience, la rencontre, à cette heure et dans ce lieu, des deux charmants artistes, des deux vieux garçons si voisins et cependant si éloignés l'un de l'autre! Quinze cents mètres à peine séparent la place de la Madeleine de la rue Oudinot; mais c'est la distance de ces grands restaurants dont les maîtres d'hôtel, cérémonieux et confidentiels comme des ambassadeurs, présentent à des épicuriens soigneux de leurs jouissances les menus, tels des protocoles, à ces petits cafés qu'on appelle encore là-bas des estaminets, où des rêveurs insensibles à la qualité des «consommations» et à la vulgarité du voisinage, poursuivent une noble chimère d'art dans la fumée du maryland.
J'écris mes vers ainsi qu'on fait des cigarettes,
chante le nonchalant flâneur du Reliquaire, qui rôda longtemps autour de la religion et de la vertu, avant d'y entrer, laissant tomber la cendre de ses cigarettes sur les mythes profanes et chrétiens... Et comme le «petit fait» cher à Stendhal ne doit jamais être dédaigné, on note avec plaisir qu'il s'approvisionne de cigarettes «à la main» chez le frère portier d'une congrégation.