Un coup de vent plaintif balaya les cimes des chênes du petit bois où il se trouvait. La pluie redoubla. Les fougères lui envoyaient leur âcre odeur. Il demeura dans la rafale, de plus en plus transi, mais peu à peu triomphant de son mal mystérieux. Le calme succédait à l’agitation, un rythme régulier au battement désordonné de ses artères. L’incendie de son sang faisait trêve. De plus en plus s’estompait dans sa pensée la trop vivante image de Yuana. La vision spécieuse s’évanouit, la hantise étrange céda aux éléments. Il alla se recoucher, s’endormit paisible, bercé par les voix de la nature qui continua de lui verser le calme qu’elle-même peut-être ne parvenait pas à retrouver.


Durant les jours et nuits qui suivirent, Manech fut encore éprouvé parfois, mais pas avec cette violence. Cependant il s’intéressait moins à la vie quotidienne, il se décourageait. Naguère, il lui suffisait d’un peu de soleil dans l’eau pour qu’il ressentît une joie sans mélange qui le poussait à siffler ou à chanter. Il prenait moins d’action aux parties de pelote, malgré la double victoire qui l’avait classé très haut parmi les joueurs.

Sans doute, maintenant que sa réputation était bien assise, quelques défaites essuyées çà et là, comme il arrive aux plus experts, n’avaient guère d’importance : mais, peut-être aussi, n’était-il plus stimulé par les traits qu’à l’occasion lui avait lancés Yuana. Celle-ci, depuis le soir où il l’avait traitée si durement, avait à son égard changé d’attitude. Elle était bonne comme ne le sont que trop souvent ses pareilles. Et le profond sentiment qu’elle lui gardait l’eût préservée de la rancune, même si elle y avait appliqué sa volonté. Elle aurait donné sa vie pour lui. Elle l’aimait de tout le refus qu’il lui avait opposé, de toute la condamnation qu’il avait portée contre elle en lui disant : « Tu es une fille de péché, laisse-moi », et qui l’avait laissée pleurante, durant cette même nuit qu’il avait tant souffert lui-même.

A chaque nouvelle rencontre de Manech, le bonjour de Yuana se faisait plus grave, plus doux et plus respectueux. Elle semblait implorer son pardon, et il le sentait si bien que cette attitude le touchait dans ce que son cœur avait de plus tendre.


Un jour, il la trouva assise au pied d’un châtaignier et, comme elle ne lui disait rien et continuait d’enguirlander son chapeau avec des fleurs de la prairie, il lui parla, cette fois, le premier :


— Yuana, lui dit-il, je t’ai fait de la peine ? Mais je reste ton ami quand tu ne veux pas faire ce qui est défendu.