— Est-ce que tu voudrais partir ?


Il ne répondit pas. Un grand frisson le parcourut, tel que celui qui ride la surface de la mer. Il regardait cette campagne pareille à il y a des mille ans. Il regardait la rivière. Il regardait Ursuya qui s’allongeait dans la nacre du ciel comme un promontoire attentif aux nefs des nuages. Il sentit les racines de son cœur se nouer plus fortement à ce sein maternel, dans cet amour qu’il portait à sa terre naïve et fruste, à ceux qui l’y avaient engendré, à ses frères et sœurs, à Yuana peut-être, peut-être à Kattalin. Mais, en même temps, il entendait le même appel que les oiseaux sauvages quand leur aile est agitée par le souffle des expatriements. Ainsi, sur le bord de son nid qu’il a rempli de sa tendresse et de ses plumes, le blanc voilier. Il cède à l’attrait de sa douleur. Il part, et ce qui fait son cercle si doux autour du monde, c’est qu’avant de s’en aller il a songé à revenir.

Ils poursuivaient la même pensée.


— On trouve de l’or aux Amériques, reprit-elle ; on le ramasse dans la rivière comme ici les cailloux.


Il avait fait ce rêve d’être riche, qui hante chaque Basque et le pousse aux lointaines aventures. Cette âme étrange, douce et mystique, était possédée et fascinée par le métal qui se soumet les choses de la terre. Ah ! il savait bien, s’il la réalisait jamais, à quoi il emploierait sa fortune. Il ferait bâtir un trinquet où il n’inviterait que tel et tel. Il se ferait faire un costume à Bayonne, et il porterait une montre qui sonne les heures et marque les jours de la semaine. Il se rendrait en voiture ici et là pour assister aux parties de longue ou de blaid. Mais au mariage il ne songeait pas, il n’avait jamais songé, songerait-il jamais ?

Le voyant absorbé, le regard fixé sur le liège qu’il abandonnait au courant, elle rompit de nouveau le silence :