Ils les enfermaient en des vanneries en forme de carafe, tressées par des Bohémiens, et qu'ils bouchaient avec des feuilles d'aulne.
Nous observâmes qu'ils rejetaient avec mépris, en retirant les poissons du piège, les écrevisses qui y grouillaient. Nous les priâmes de vouloir bien nous réserver celles-ci. Ils le firent de la meilleure grâce du monde, et nous remportâmes ainsi, pour quelques sous, un plein panier de ces excellents crustacés, bien loin que je pusse soupçonner le rôle qu'ils allaient jouer avant peu dans la légende ondicolienne. A ce moment je me fis cette seule réflexion que les jeunes pêcheurs qui pratiquaient un sport aussi simple ne devaient point différer beaucoup des premiers Robinsons basques.
Nous fîmes cuire et mangeâmes nos petites bêtes, le soir même, dans l'hôtel de la gracieuse petite ville, l'hôtel Gascoïna. Puis nous regagnâmes, non Bayonne qui était assez éloigné, mais ma villa où j'avais fait préparer des chambres pour mes compagnons de voyage.
S'ils furent imprudents d'accepter mon hospitalité, la suite va le dire. Mais j'étais loin de me douter, quelques heures avant de les loger, que le mystère dont ils entouraient leurs faits et gestes à mon égard allait s'éclaircir.
LA VÉRITÉ DANS LE RÊVE
Je les croyais profondément endormis. Il était une heure du matin. Je ne m'étais pas encore déshabillé. J'avais ouvert un volume d'Alfred de Musset, comme tant de fois au cours de mes veilles, et je m'étais laissé gagner par le triste charme du plus fiévreux de ses poèmes, cette Nuit de décembre que je ne peux lire sans frissonner. J'en étais à ces vers :
Mais tout à coup j'ai vu dans la nuit sombre
Une forme glisser sans bruit.
Sur mon rideau j'ai vu passer une ombre,
Elle vient s'asseoir sur mon lit.