Les reflets se propagent, si bien qu'il ne nous faut que trois minutes pour apercevoir, à quelque soixante mètres de l'ouverture de la grotte, un rocher isolé des autres et servant, je l'eusse parié, à recouvrir une excavation. L'on eût dit d'un de ces monolithes, si adroitement modelés par les érosions, qu'une main d'enfant suffit à les faire basculer. Or Salbaya n'avait pas des doigts de rossignol, et, d'une poussée de ses paumes, il envoie le roc rouler à dix pas. Nous nous penchons sur les ténèbres béantes où nous distinguons bientôt, à peu de profondeur, le coffre défoncé, d'un bois pourri par l'humidité d'un siècle, et qui laisse scintiller, à la lueur de nos flambeaux de suif, les métaux, les escarboucles, les diamants et autres pierres des mille et une nuits.

— Je vous attends ici, dis-je à mon homme. Allez jusqu'à chez vous et m'en rapportez une solide corbeille.

Heureux de songer qu'il allait pouvoir donner une marque nouvelle de son dévouement et de sa probité, il part en courant et revient avec un panier convenable.

Je n'ai nulle difficulté à plonger les bras dans cette masse précieuse, je fais jaillir de ce filon, dans une ombre à la Rembrandt, les regards longtemps retenus de ces joyaux prisonniers. Nous emplissons le panier, Salbaya va le vider chez lui, en lieu sûr, revient, le charge à nouveau, repart, et ainsi de suite jusqu'à sept fois. Il ne reste plus dans la fosse que la carcasse vermoulue de la caisse, que nous enlevons aussi, car l'inspiration de ce à quoi je vais l'utiliser m'est soufflée par le génie de la grotte. Il n'a pas fallu trois heures pour que le rocher soit remis en place, la trace de notre passage effacée, la magnifique fortune dans la maison du gardien qui, en découvrant le vaste amphithéâtre de ses mâchoires, prononça :

— Ma joie eût été complète (et il me montrait encore son arme à feu), si je les avais descendus tous les deux.

L'ombre de la colline d'Isturitz s'étendait jusqu'à nous, je songeais à nos ancêtres de l'âge de pierre qui ne furent peut-être pas tous des Robinsons venus d'Asie sur une galère enchantée, mais qui, à fréquenter l'ours des cavernes, en avaient pris quelques usages, à l'espingole près.

Je fis part à M. Passerose, le lendemain, en une longue lettre, de tant de fantastiques péripéties.

La découverte est de trop d'importance, lui mandais-je, pour que vous ne hâtiez point votre retour, calmant ainsi l'impatience qu'ont de vous revoir vos amis. Les ailes bleues et légères des montagnes de Hasparren, de Macaye et d'Isturitz valent bien les coiffes de vos sphinx stupides, dont l'énigme cependant demeure plus difficile à déchiffrer que ne le fut celle de votre grotte. Les fruits de pierre précieuse, d'or et d'argent de ce nouveau verger d'Aladin vous attendent chez ce brave Salbaya.

Je fis part encore à M. Passerose de circonstances qui ne sont pas relatées ici, parce qu'elles n'ont pas trait à cette histoire.

Ma signature apposée, il ne me restait plus qu'à me distraire en m'amusant du prochain, ce qui est le meilleur passe-temps et le plus varié du poète.