Trop de vices s'étaient insinués même parmi ces adolescents et adolescentes qu'il avait longtemps préservés.
Un contraste insultait à cette dépravation : ce vierge pays qu'il venait de parcourir, ses sommets fiers et doux qui font un second ciel à la vallée.
Il se souvint alors que, depuis son retour, il n'avait aperçu ni Iguskia ni Ithargia.
Sans doute eux aussi avaient-ils sombré dans cette décadence, s'étaient-ils cachés des yeux du maître que, du moins, ils respectaient encore.
Renonçant à dormir, il sortit. L'orgie avait fait silence. Tout semblait au repos. Il se garda bien de se rapprocher de son harem qui, là-bas, se profilait sous la lune. A quoi bon accroître son dégoût? Il savait bien qu'une visite à l'impromptu ne lui eût réservé que déboires. Que lui importait d'ailleurs le mensonge de ces femmes?
Il se trouva sur la grève déserte, à deux heures du matin, lorsque courent des frissons d'argent sur la mer qui n'a qu'un doux clapotement.
Au milieu d'un semis d'étoiles, Phébé était une perle incrustée dans la nacre du ciel. A quelque deux cents mètres se dressait la tente d'Iguskia et, plus loin, à une distance égale, celle d'Ithargia. De chacune sortit une ombre.
Le jeune homme et la jeune fille s'abordèrent à la limite du flot et se donnèrent la main. Ondicola, dissimulé par les rochers, les épiait curieusement.
Ils longeaient la rive, s'arrêtaient parfois, élevaient leurs charmants visages dans l'air vif et salé. Les lignes de leur corps, modestement vêtus, ne se déplaçaient que suivant une grâce calme, d'autant plus sûre d'elle-même qu'elle s'ignorait. Pas un mot, pas un soupir, pas un murmure ne montaient d'eux. Mais il semblait s'exhaler vers Dieu, de ces deux corolles vierges, un immortel parfum, l'essence même de ce que l'amour peut donner de plus pur en ce monde.
Ondicola retenait son souffle. Son cœur battait à peine, d'où s'envolait une prière confuse et muette vers ces bois récemment découverts où il avait vécu les plus belles heures de sa vie.