— Eh bien! Eva, voici. J'ai résolu de monter, pour la fin de l'automne, aux grottes d'Isturitz, un spectacle impressionnant auquel je veux convier tout ce que notre pays compte de plus distingué. Il s'agit de faire représenter, de cette légende basque dont je t'ai parlé, l'acte qui m'engagea à confier l'exécution du vêtement à une vraie artiste. Tu es ma principale vedette. Tu joues le rôle d'une Robinsonne basque. Tu rends tous les hommes qui te verront ainsi fous de toi. Tu choisis qui t'agréera le mieux. Et je mets dans ta corbeille la tunique nuptiale.
— Tu es un bijou de poète, et me fais regretter presque de n'être que ta cousine, et de ne pouvoir t'aimer qu'en partie!
— Ce n'est pas tout, repris-je sans relever sa malice : il faudra t'exercer, et, dans le lieu même que j'ai choisi, à Isturitz.
— Cent fois plutôt qu'une, puisque la dentelle est à moi!
LA RÉPÉTITION GÉNÉRALE
Et, par un doux après-midi, nous allâmes donc, quelques jeunes fous et folles, à la grotte dont le cerbère ne savait plus quelles attentions délicates me témoigner depuis que je lui avais donné l'insigne marque de confiance de déposer chez lui le trésor ; et tantôt c'était d'un pot de miel ou d'un lièvre, ou de truites, ou de ces écrevisses dont l'ingestion avait déterminé chez Eliézer un accès de franchise somnambulique.
Ce jour là, Salbaya mit à la disposition de notre joyeuse bande ses meilleurs fruits, son fromage frais, ses bottes de paille sèches, renforcées de toutes ses chandelles, pour en illuminer jusqu'aux plus sombres recoins de la crypte.
Nous nous amusâmes fort, en esquissant la représentation de la Légende dans ce même abri naturel dont la clémence avait jadis protégé Iguskia et Ithargia.
Eva n'était plus qu'un éblouissant éclat de rire.
Mais, lorsque je la fis se coucher, tant soit peu en chien de fusil, dans la fosse qui avait renfermé un trésor moins beau qu'elle, et dont il fallait qu'elle ressurgît, après un sommeil de tant de siècles, revêtue de la robe nuptiale, et telle qu'une Robinsonne ou Belle au Bois dormant, on ne savait plus s'il fallait ou non garder son sérieux.