La pauvre petite, avec qui je déjeunai gaiement en lui faisant part, cette fois, sans en rien réserver, du mot de l'énigme, avait bien gagné sa chemise de noces! Je souhaitais vivement de lui faire aussi don de l'époux. Ce qui arriva comme on va le voir.

LA CONCLUSION INATTENDUE

Monsieur, commença Eliézer en s'asseyant dans le fauteuil que je lui avançai, lorsqu'il vint me rendre visite deux mois après la farce qu'Eva et moi lui avions si bien jouée, mon oncle et moi nous sommes deux Juifs.

Je reconnus la même phrase que le même Eliézer avait prononcée durant son accès de somnambulisme, après avoir mangé des écrevisses, en cette nuit qu'il m'avait tant effrayé.

Mais, cette fois, il veillait, et je ressentais qu'il était on ne peut plus conscient de lui-même.

Cependant il continuait à me révéler ces mêmes choses qu'il m'avait confessées, à son insu, durant son sommeil :

— Et vous vous êtes aperçu que nous nous moquions de vous… Ne pensez pas que je ne puisse être sincère… Et, la preuve en est, que je viens vous faire cet aveu si pénible et si humiliant… Je vous le déclare sans ambages : nous sommes des voleurs, mon oncle et moi, celui-ci ayant découvert chez un bouquiniste du vieux Bayonne, et s'étant approprié un document qu'il aurait dû remettre à la famille Passerose ; et moi, en lui prêtant mon concours, afin de nous emparer seuls d'un trésor dont ce parchemin fait mention… Ce trésor…

Eliézer poursuivit son discours, et j'en reconnaissais chaque mot comme déjà l'ayant entendu au cours de sa crise nocturne :

— Il fallait, disait-il, vous gagner, afin d'obtenir la clef des grottes et le droit de pénétrer librement dans le flanc de la colline.