Me voilà donc livré, pendant des années entières, à des recherches journalières.

Résultats nuls! Ceux de la veille étaient contredits par ceux du lendemain.

Fallait-il donc, cependant, parce qu'il plaisait au centre de gravité de voyager incognito, laisser le cheval et son cavalier exposés aux dangers qu'entraîne le défaut d'équilibre!

Pour m'aider dans mes recherches, je m'adressais aux écuyers-auteurs. Ils mettaient une grande érudition à m'expliquer le déplacement du centre de gravité, quand, par exemple, une jambe se porte en avant, suivie de la jambe diagonalement opposée; ou bien quand le rassembler s'opère, ou quand le cheval se cabre, rue, etc.

Il est là, disait l'un; non, je le vois de ce côté, disait l'autre; et ces vaines discussions se continuent encore parce que l'on ne veut pas remonter aux causes premières, et que les effets absorbent l'attention générale.

On étudie la manière d'être du centre de gravité. Pourquoi? Je l'ignore. En saine pratique, n'avons-nous pas le poids du cheval à répartir et sa force à coordonner? N'avons-nous pas à combiner les forces opposées du cavalier (main et jambes)? Si nous nous rendons compte des effets de ces divers agents, et si nous en tirons le parti convenable, nous arriverons à notre équilibre, sans avoir à nous préoccuper du centre de gravité.

Messieurs les théoriciens, préparez vos anathèmes! je vais porter une main profane sur le dieu de vos rêves et briser votre idole, après avoir, il est vrai, dans mon ignorance, brûlé sur son autel un inutile encens.

Votre centre de gravité ne donne, n'entraîne, ni ne produit rien.

Il existe incontestablement, mais à l'état de passivité.

Vous voulez l'ériger en cause, il n'est qu'effet.