Nimphes qui par ces forestz
De Cerez,
Souffrez en voz ames naistre
Le feu, par qui vous bruslez,
Et voulez.
La fureur d'amour congnoistre.
L'amour dont parler je vois
Mille fois
Son arc contre vous desbande:
Nourrissant vous cueurs d'esmoy.
Quant à moy,
Point ne suis de vostre bande.
De ce traict qui tant vous poingt,
Je n'ay point
La force encor esprouvée:
L'aveugle Dieu qui vous fiert
Bien me quiert,
Mais encor ne m'ha trouvée.
Seulle me puis estimer
Sans aymer
Et veux bien souffrir qu'on m'ayme:
Car ce m'est grand heur d'avoir
Le pouvoir
Sur autruy et sur moy mesme.
Qu'on blasme de cruauté
Ma beauté,
Et que suis fiere et sauvage,
Il me vaut mieux l'estre aussi
En cecy
Que trop douce à mon dommage.
De vous toutes à l'escart
Seulle à part
Il me plait estre esloignée,
Vostre assemblée je fuis,
Et si suis
Mieux que vous accompaignée.
Voz tourmens et voz ennuys
Jours et nuicts
Font que l'oeil de pleurs se baigne.
Et ma gaye liberté
M'ha esté
Tousjours fidelle compaigne.
Voz cueurs de tristesse pleins
Or je plaints
Quand faut que l'amour y gise,
Le bien qu'on ha pour aymer
Est amer
Au regard de ma franchise.
L'oeil et le pied sans arrest
Tousjours prest
Suit le train de voz pensées:
Si que ne vous congnoissant
Plus de cent
Disent qu'estes insensées.
Le travail que vous menez,
Et prenez,
C'est pour au gré d'amour estre:
Mieux aussi n'ont que cela
Tous ceux la
Qui servent si jeune maistre.