[64] La plus déliée de toutes les finesses est de savoir bien faire semblant de tomber dans les pièges que l'on nous tend; on n'est jamais si aisément trompé que quand on songe à tromper les autres (max. 117, I 121).

[65] La pure valeur (s'il y en avait) serait de faire sans témoins ce qu'on est capable de faire devant le monde (max. 216, I 229).

[66] L'intrépidité est une force extraordinaire de l'âme par laquelle elle empêche les troubles, les désordres et les émotions que la vue des grands périls a accoutumé d'élever en elle, par cette force les héros se maintiennent dans un état paisible et conservent l'usage libre de toutes leurs fonctions dans les accidents les plus terribles et les plus surprenants. Cette intrépidité doit soutenir le coeur dans les conjurations, au lieu que la seule valeur lui fournit toute la fermeté qui lui est nécessaire dans les périls de la guerre (max. 217 et MS 40, I 230 et 231).

[67] Enfin l'orgueil, comme lassé de ses artifices et de ses métamorphoses, après avoir joué tout seul les personnages de la comédie humaine, se montre avec son visage naturel et se découvre par la fierté, de sorte qu'à proprement parler la fierté est l'éclat et la déclaration de l'orgueil (MS 6, I 37).

[68] La politesse de l'esprit est un tout de l'esprit par lequel il pense toujours des choses agréables, honnêtes et délicates (max 99. I 109).

[69] La galanterie de l'esprit est un tour de l'esprit par lequel il pénètre et conçoit les choses les plus flatteuses, c'est-à-dire celles qui sont le plus capables de plaire aux autres (max 100. I 110).

[70] Qui ne rirait de la modération, et de l'opinion qu'on a conçue d'elle? Elle n'a garde (ainsi qu'on croit) de combattre et de soumettre l'ambition, puisque jamais elles ne se peuvent trouver ensemble, la modération n'étant véritablement qu'une paresse, une langueur et un manque de courage, de manière qu'on peut justement dire que la modération est la bassesse de l'âme comme l'ambition en est l'élévation (max. 293. I 17)

[71] La modération dans la bonne fortune n'est que la crainte de la honte qui suit l'emportement, ou la peur de perdre ce que l'on a (MS 3. I 18).

[72] La politesse des États est le commencement de leur décadence, parce qu'elle applique tous les particuliers à leurs intérêts propres et les détourne du bien public (MS 52. I 282).

[73] La faiblesse de l'esprit est mal nommée; c'est en effet la faiblesse du coeur, qui n'est autre chose qu'une impuissance d'agir et un manque de principe de vie (max. 44. I 49).