Sentences et maximes de morale
(Édition hollandaise de 1664)
[1] Les vices entrent dans la composition des vertus, comme les poisons entrent dans la composition des remèdes de la médecine: la prudence les assemble et les tempère, et elle s'en sert utilement contre les maux de la vie (max. 182, I 191).
[2] La vertu des gens du monde est un fantôme formé par nos passions, à qui on donne un nom honnête pour faire impunément ce qu'on veut (MS 34, I 179).
[3] Toutes les vertus des hommes se perdent dans l'intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer (max. 171, I 180).
[4] Les crimes deviennent innocents, même glorieux, par leur nombre et par leurs qualités; de là vient que les voleries publiques sont des habiletés, et que prendre des provinces injustement s'appelle faire des conquêtes. Le crime a ses héros, ainsi que la vertu (MS 68, I 192, et max. 185, I 194).
[5] La honte, la paresse, et la timidité ont souvent toutes seules le mérite de nous retenir dans notre devoir, pendant que notre vertu en a tout l'honneur (max. 169, I 177).
[6] Si on avait ôté à ce qu'on appelle force le désir de conserver, et la crainte de perdre, il ne lui resterait pas grand'chose (MP 32).
[7] La clémence est un mélange de gloire, de paresse et de crainte, dont nous faisons une vertu; et chez les princes c'est une politique dont ils se servent pour gagner l'affection des peuples (max. 16 et 15, I 16 et 15).
[8] La constance des sages n'est qu'un art avec lequel ils savent renfermer dans leur âme leur agitation (max. 20, I 23).
[9] La gravité est un mystère du corps, inventé pour cacher les défauts de l'esprit (max. 257. I 280).