[90] Nous nous persuadons souvent mal à propos d'aimer les gens plus puissants que nous: l'intérêt seul produit notre amitié, et nous ne leur promettons pas selon ce que nous voulons leur donner, mais selon ce que nous voulons qu'ils nous donnent (max. 85, I 98).
[91] L'amour est en l'âme de celui qui aime ce que l'âme est au corps qui l'anime (MS 13, I 77).
[92] Il n'y a point d'amour pur et exempt du mélange de nos autres passions (max. 69, I 79).
[93] Il est malaisé de définir l'amour; tout ce qu'on peut dire est que dans l'âme c'est une passion de régner, dans les esprits c'est une sympathie, et dans les corps ce n'est qu'une envie cachée et délicate de jouir de ce que l'on aime après beaucoup de mystère (max. 68, I 78).
[94] On s'est trompé quand on a cru que l'amour et l'ambition triomphaient toujours des autres passions; c'est la paresse, toute languissante qu'elle est, qui en est le plus souvent la maîtresse: elle usurpe insensiblement l'empire sur tous les desseins, et sur toutes les actions de la vie; elle y détruit et y consomme toutes les passions et toutes les vertus (max. 266, I 289).
[95] Il n'y a point de déguisement qui puisse longtemps cacher l'amour où il est, ni le feindre où n'est pas (max. 70, I 80).
[96] Comme on n'est jamais libre d'aimer ou de n'aimer pas, on ne peut se plaindre avec justice de la cruauté d'une maîtresse, ni elle de la légèreté de son amant (MS 62, I 81).
[97] Si on juge de l'amour par la plupart de ses effets, il ressemble plus à la haine qu'à l'amitié (max. 72, I 82).
[98] On peut trouver des femmes qui n'ont jamais fait de galanteries, mais il est rare d'en trouver qui n'en ait jamais fait qu'une (max. 73, I 83).
[99] Il y a deux sortes de constance en amour: l'une vient de ce que l'on trouve sans cesse de nouveaux sujets d'aimer en la personne que l'on aime, comme en une source inépuisable, et l'autre vient de ce qu'on se fait honneur de tenir sa parole (max. 176, I 185).