[130] Il n'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands défauts (max. 190, I 198).

[131] Quoique la prudence des ministres se flatte de la grandeur de leurs actions, elles sont bien souvent l'effet du hasard ou de quelque petit dessein (max. 57, I 66).

[132] La haine qu'on a pour les favoris n'est autre chose que l'amour de la fortune et de la faveur; c'est aussi la rage de n'avoir point de faveur, qui se console et s'adoucit un peu par le mépris des favoris. C'est enfin une secrète envie de les détruire, qui fait que nous leur ôtons nos propres hommages, ne pouvant pas leur ôter les qualités qui leur attirent ceux de tout le monde (max. 55, I 64).

[133] Les grands hommes s'abattent et se démontent enfin par la longueur de leurs infortunes; cela ne veut pas dire qu'ils fussent forts quand ils les supportaient, mais seulement qu'ils se donnaient la géhenne pour le paraître, et qu'ils soutenaient leurs malheurs par la force de leur ambition et non pas par celle de leur âme. Cela fait voir manifestement qu'à une grande vanité près les héros sont faits comme les autres hommes (max. 24, I 27).

[134] Ceux qui voudraient définir la victoire par sa naissance seraient tentés, comme les poètes, de l'appeler la fille du ciel, puisqu'on ne trouve point son origine sur la terre. En effet elle est produite par une infinité d'actions qui, au lieu de l'avoir pour but, regarde seulement les intérêts particuliers de ceux qui les font, puisque tous ceux qui composent une armée, allant à leur propre gloire, et à leur élévation, procurent un bien si grand et si général (MS 41, I 232).

[135] On ne fait point de distinction dans les espèces de colères, bien qu'il y en ait une légère et quasi innocente, qui vient de l'ardeur de la complexion, et une autre très criminelle, qui est, proprement parler, la fureur de l'orgueil et de l'amour-propre (MS 30, I 159).

[136] Nous nous apercevons des emportements et des mouvements extraordinaires de nos humeurs et de notre tempérament, comme de la violence de la colère; mais personne quasi ne s'aperçoit que ces humeurs ont un cours ordinaire et réglé, qui meut et tourne doucement notre volonté à des actions différentes. Elles roulent ensemble (s'il faut ainsi dire) et exercent successivement leur empire, de sorte qu'elles ont une part considérable à toutes nos actions, dont nous croyons être les seuls auteurs, et le caprice de l'humeur est encore plus bizarre que celui de la fortune (max. 297 et 45, I 48 et 50).

[137] L'orgueil a bien plus de part que la charité aux remontrances que nous faisons à ceux qui commettent des fautes, et nous les reprenons bien moins pour les en corriger que pour les persuader que nous en sommes exempts; et si nous n'avions point d'orgueil, nous ne nous plaindrions pas de celui des autres (max. 37 et 34, I 41 et 38).

[138] Nous sommes préoccupés de telle sorte en notre faveur que ce que nous prisons souvent pour des vertus n'est en effet qu'un nombre de vices qui leur ressemblent, et que l'orgueil et l'amour-propre nous ont déguisés (épigraphe de 1678. I 181).

[139] L'orgueil se dédommage toujours, et il ne perd rien lors même qu'il renonce à la vanité (max. 33. I 36).