[160] L'intérêt, à qui on reproche d'aveugler les uns, est tout ce qui fait la lumière des autres (max. 40, I 44).

[161] On ne blâme le vice, et on ne loue la vertu, que par intérêt (MS 28, I 151).

[162] La nature, qui se vante d'être toujours sensible, est dans la moindre occasion étouffée par l'intérêt (max. 275, I 299).

[163] Les philosophes ne condamnent les richesses que par le mauvais usage que nous en faisons: il dépend de nous de les acquérir et de nous en servir sans crime, au lieu qu'elles nourrissent et accroissent les vices comme le bois entretient et augmente le feu. Nous pouvons les consacrer à toutes les vertus, et les rendre même par là plus agréables et plus éclatantes (MP 3)

[164] Le mépris des richesses, dans les philosophes, était un désir caché de venger leur mérite de l'injustice de la fortune, par le mépris des mêmes biens dont elle les privait… C'était un secret qu'ils avaient trouvé pour se dédommager de l'avilissement de la pauvreté. C'était enfin un chemin détourné pour aller à la considération qu'ils ne pouvaient avoir par les richesses (max. 54, I 63).

[165] La finesse n'est qu'une pauvre habileté (MP 2).

[166] Rien n'est si dangereux que l'usage des finesses, que tant de gens d'esprit emploient communément. Les plus habiles affectent de les éviter toute leur vie, pour s'en servir dans quelque grande occasion et pour quelque grand intérêt (max. 124, I 126).

[167] Comme elles sont l'effet d'un petit esprit, il arrive quasi toujours que celui qui s'en sert pour se couvrir en un endroit se découvre en un autre (max. 125, I 127).

[168] La plus déliée de toutes les finesses est de faire semblant de tomber dans les pièges que l'on nous rend. On n'est jamais si aisément trompé que quand on songe à tromper les autres (max. 117, I 121).

[169] Chacun pense être plus fin que les autres; et si l'on était habile, on ne ferait jamais de finesse ni de trahison (MP 5 et max. 126, I 128).