En ajoutant à chaque coût variable de distance, calculé à raison de 0,002 par myriamètre, 0,08 pour chaque coût de frais généraux, on a un total représentant, au complet, la dépense causée à l'administration par le transport et la distribution d'une lettre simple à chacune des distances graduelles du tarif de 1827. Tout excédant de taxe, en outre de la dépense totale qui vient d'être définie, représente l'impôt indirect perçu par l'administration des postes. Voici maintenant, en application des calculs qui précédent, la répartition de chaque taxe en remboursement de dépenses et en impôt indirect.

ANALYSE DES TAXES COMPOSANT LE TARIF POSTAL DE 1827.

DISTANCES
(kilomètres).
TAXES.DÉPENSES.IMPÔT INDIRECT.TAXES.
Transport (par myriamètre, 0 f., 002).Frais généraux.Total.
k.F. C.F. C.F. C.F. C.F. C.F. C.
moins de40», 20», 01», 08», 09», 11», 20
de 40 à80», 30», 01», 08», 09», 21», 30
80 à150», 40», 03», 08», 11», 29», 40
150 à220», 50», 04», 08», 12», 38», 50
220 à300», 60», 06», 08», 14», 46», 60
300 à400», 70», 08», 08», 16», 54», 70
400 à500», 80», 10», 08», 18», 62», 80
500 à600», 90», 12», 08», 20», 70», 90
600 à7501, »», 15», 08», 23», 771, »
750 à9001, 10», 18», 08», 26», 841, 10
plus de9001, 20», 20», 08», 28», 921, 20

Cette analyse des taxes démontre d'une manière saisissante les iniques résultats de leurs irrégulières progressions. L'impôt indirect établi par la tarification actuelle des postes, semble avoir eu l'intention de soumettre à une pénalité pécuniaire toutes les correspondances épistolaires ayant un parcours de plus de 40 kilomètres. Plus la destination est au-delà de cette distance privilégiée, plus la pénalité est considérable. À la distance de 80 kilomètres, la quotité de cet impôt indirect est double de ce qu'elle est à la distance de 40 kilomètres. Pour un parcours de 900 kilomètres, ce n'est plus dans la proportion de 1 à 2, mais dans l'énorme proportion de 1 à 8 que l'impôt est exigé. Cette disproportion illégale n'a pas même pour excuse un avantage financier. Elle comprime l'essor et l'activité des correspondances, et, par conséquent, elle fait diminuer les produits à mesure que l'augmentation des distances multiplie l'exagération des taxes. Le tableau suivant met en évidence les effets de cette compression.

TARIF DE 1827.

TAXES.PRODUIT BRUT en 1843.RÉPARTITION DES LETTRES EN 1843.DISTANCES
(kilomètres).
Circulation réelle.Décroissement proportionnel sur 10,000 lettres.
f.l. k.
», 205,300,00025,000,00010,000Jusques à40
», 305,200,00016,500,0006,60040 à80
», 405,700,00013,500,0005,30080 à150
», 504,700,0009,000,0003,600150 à220
», 603,500,0005,500,0002,200220 à300
», 703,800,0005,000,0002,000300 à400
», 802,300,0002,500,0001,000400 à500
», 901,750,0001,800,000720500 à600
1, »1,830,0001,660,000664600 à750
1, 10450,000409,000164750 à900
1, 2090,00072,00029plus de900
34,620,00081,000,000

Il résulte de ce tableau que, dans une période de temps donnée, 29 lettres seulement sont expédiées à 900 kilomètres tandis que, simultanément, 10,000 lettres sont expédiées à 40 kilomètres. Entre ces deux proportions extrêmes, le nombre primitif de 10,000 décroît à mesure que la distance et, en même temps, la taxe s'accroissent. Faut-il attribuer ce décroissement graduel à l'influence de la taxe ou à l'influence de la distance? Pour peu qu'on examine et qu'on réfléchisse, on reconnaît que l'exagération de la taxe doit être plutôt incriminée que l'éloignement relatif des lieux de destination.

La population de la France n'est pas égale partout en nombre, en instruction, en moralité, en industrie. Il y a des différences prononcées, sous ces rapports, entre les divers départements. Mais ces différences n'ont aucune corrélation avec les distances plus ou moins longues séparant ces départements les uns des autres, ou de Paris. Le tableau suivant, extrait de l'excellent ouvrage de M. le comte d'Angeville sur la statistique de la population française, présente des documents qui jugent cette question.

RANGS COMPARATIFS QU'OCCUPENT, SOUS DIVERS RAPPORTS, PARMI LES QUATRE-VINGT-SIX DÉPARTEMENTS, CEUX DONT LES CHEFS-LIEUX SONT DÉSIGNÉS AU PRÉSENT TABLEAU.

DÉSIGNATION DES CHEFS-LIEUXMOTIFS de COMPARAISON.distances de Paris (en kilomètres).
Population.Instruction.Moralité.Industries.
PARIS.16851»
MELUN.4510712545
ORLÉANS.66364624115
ROUEN.523842120
LILLE.2272713230
RENNES.13563968352
LYON.329223466
BORDEAUX.4751526596
TOULOUSE.23572928706
MARSEILLE.2259116833