A mesure que ces sociétés industrielles se divisaient et s'effaçaient, la société politique des Droits de l'homme, qui a fini par absorber leurs débris, prenait chaque jour plus d'importance, d'audace et d'ascendant. MM. Garnier-Pagès, Cavaignac et Ramorino étaient venus, à différentes époques, lui apporter les instructions de la société mère, examiner et réformer son organisation et ses plans.

C'est surtout depuis la présentation de la loi sur les associations, c'est à l'approche du soulèvement d'avril que la société manifeste une activité extraordinaire. Le 30 mars, elle essaie de se réunir aux Brotteaux pour protester contre la loi; mais les abords du local étant occupés par un piquet d'infanterie et une cinquantaine de dragons, le comité central reconnaît l'impossibilité d'y pénétrer et se retire sans rien entreprendre.

A la même époque, la société envoie à Paris un délégué spécial qui visite en passant les affiliés de Châlons, de Beaune et de Dijon, et donne le mot d'ordre pour l'explosion générale qui doit avoir lieu.

Cependant les Mutuellistes, comme nous l'avons dit plus haut, se perdent de plus en plus dans la Société des Droits de l'homme. L'Écho de la fabrique, qui est leur organe, dit positivement, dans son numéro du 30 mars: «Si, dans l'ordre du jour cité par M. Prunelle, il est recommandé de repousser des loges les imprimés des Droits de l'homme, c'est une mesure de discipline momentanée et non une prescription à toujours; ces papiers n'ont jamais été prohibés en temps ordinaires, ce qui est d'autant plus naturel que plusieurs des Mutuellistes font partie de la _Société des Droits de l'homme et de plusieurs sociétés politiques.»

Enfin le moment de l'action approchant, le comité central éprouve le besoin de s'adresser à tous les sectionnaires et de se retremper dans une élection nouvelle. Tel est le but de la circulaire suivante:

«Lyon, le 15 germinal an XLII de l'ère républicaine (4 avril 1834).

UNITÉ, ÉGALITÉ. ASSOCIATION, PROPAGANDE.

Le comité central du département du Rhône de la Société des Droits de l'homme, aux citoyens composant les sections.

Citoyens,

Plus les circonstances deviennent graves, plus ceux que vous avez choisis pour diriger la puissante action que vous donnent votre dévouement et vos convictions sentent le besoin de s'entendre précisément avec vous et de connaître d'une manière fixe l'esprit qui vous anime. C'est dans ce but que nous avions décidé qu'une assemblée générale aurait lieu; mais, sûrs des précautions que nous avions prises, nous ne pouvions l'être aussi bien de la discrétion ou de la fermeté de ceux avec lesquels nous avions été contraints de traiter pour avoir un local: l'autorité a été prévenue, notre réunion a été empêchée.