Le Monarque.

Je suis troublé, que me sert ta venue,
Fors d'augmenter mon ennuy et tourment?

Verité.

O Roy, quand bien par toy seray cognue,
Tu en auras un grand emolument.

Le Monarque.

Je t'entendray, parle donc promptement,
Mais que Sappho de moy point ne s'absente.
J'obeiray à ton enseignement,
Car par Sappho ma pensee est contente.

Verité.

Las, je cognois qu'esprit malin te tente,
O Prince enten ce que tu dois scavoir,
Le cours n'est rien de la vie presente,
On doibt plus hault son esperance avoir.
Dieu t'a voulu d'un grand Regne pourvoir,
Premierement pour exercer droicture,
Puis pour tousjours chasteté recevoir
Avec ta femme honeste, chaste, et pure.
Ne scais tu pas que par sa forfaicture
Le Roy David fut blasmé aigrement
Par l'Ange sainct, et que pour telle ordure
La peste occist son peuple abondamment?

Prince aveuglé, croy moy certainement
Qu'hommes tachez de soillure impudique,
N'auront les Cieux, ou perdurablement
Doibt vivre l'homme ayant esté pudique.
Veux tu laisser ce thresor magnifique
Des Cieux hautains, qui à ceux est promis
Dont le desir à chasteté s'applique
Dessoubs les piedz ayant tout vice mis?

Change conseil, sois en vertu remis
Suyvant les dicts de ton maistre Bon zele,
Qui a esté pour t'instruire commis
Pour aspirer à la vie eternelle.
Si à cela qu'ores je te revele
Tu es contraire et desobeissant,
Tu souffriras punition cruelle
Lors que ton corps sera deperissant.