Dans cette espèce, la femelle diffère du mâle en ce qu’elle est un peu plus forte, et que la couleur de la base de son bec et de sa tête est moins rougeâtre et tire davantage sur le jaune. Dans son jeune âge, l’Ourigourap a toute la partie nue de la tête et de la gorge, couverte d’un duvet grisâtre; et dans les mois de novembre, décembre et janvier, qui est le tems des amours, la couleur du bec du mâle est plus rouge que pendant le reste de l’année.
Je soupçonne beaucoup que le vautour brun de Brisson, tome I, page 455, ou le vautour de Malte de Buffon, planches enluminées, No. 427, n’est qu’une variété de l’Ourigourap; je ne l’assurerai pourtant pas, n’ayant jamais vu cet oiseau en nature et ne le connoissant que par la description de Brisson et la figure coloriée que j’ai citée ci-dessus.
DES BUSES.
LE BACHA, No. 15.
L’oiseau de proie que j’ai nommé Bacha ne fréquente que les hautes montagnes stériles et brûlées du pays le plus reculé des Grands Namaquois, et de là vers le tropique du capricorne, seule partie de l’Afrique méridionale où je l’ai rencontré et où il est même peu commun. Cet oiseau, qui paroît un peu se rapprocher des buses, se perche toujours sur le sommet de quelques roches escarpées, d’où il peut guéter et découvrir le plus facilement un petit quadrupède très-abondant sur toutes les montagnes de ce pays aride, savoir, le klip-das des colons du Cap[8]; et, quoique d’autres oiseaux de proie chassent aussi ces animaux, il est certain que celui dont il est question en prend infiniment plus; enfin, c’est sa chasse habituelle et sa nourriture de préférence. Il est vrai que les damans, qui sont très-subtils et toujours en garde contre un ennemi aussi cruel, quittent, dans ces circonstances, rarement le bord de leur antre profond, où ils sont bientôt enfoncés dès qu’ils apperçoivent leur ennemi, et par-là forcent souvent l’oiseau de proie à chasser de plus petits individus; trop heureux alors de se rabattre sur quelques lésards et sur des insectes, qu’il ne dédaigne même pas dans les cruels instans de disette.
J’ai vu le Bacha, pour surprendre un daman, passer souvent trois heures de suite sur une pointe de roche, ayant la tête enfoncée dans ses épaules, et y rester si immobile qu’on l’auroit pris facilement pour une partie même de la roche sur laquelle il étoit posé. C’est de cette embuscade que, saisissant un instant favorable, l’oiseau chasseur se plonge comme un trait sur l’animal qu’il apperçoit au bas du rocher sur le bord de son trou. Quand il a manqué son coup, on le voit retourner tristement à la même place où il s’étoit mis aux aguets; et là, comme s’il étoit confus de sa mal-adresse, il laisse échapper plusieurs cris lamentables, qu’on peut rendre par houi-hï—houi-hi-hi—houi-hï—houi-hi-hi. Ces tristes accens semblent peindre ses regrets et sa colère; mais un instant après, quittant cette première embuscade, il va loin de là s’établir dans un autre poste, où il se fixe, avec la même patience et la même immobilité, jusqu’au moment où, plus heureux ou moins mal-adroit, il a réussi à se saisir d’un de ces animaux, qu’on entend à son tour faire des cris affreux, qui jettent tellement l’effroi parmi tous les damans du voisinage, qu’on les voit alors par-tout se précipiter dans leurs vastes souterrains, pour n’en sortir de la journée.