La Buse gantée fréquente, en Afrique, les pays couverts d’arbres; plus farouche que les autres espèces, elle a fui les cantons habités, et vit isolée. Ses mœurs sont plus sauvages que celles du rounoir et du rougri. Plus adonnée à la chasse, elle est aussi moins timide qu’eux, et ne se laisse pas chasser lâchement, ni par les pie-grièches, ni même par les corbeaux. Elle vole fort lestement, et attrape souvent des perdrix, qu’elle guette de dessus les arbres, et les saisit lorsqu’elles passent près de son embuscade.
Cet oiseau habite les forêts d’Auteniquoi, seul canton de l’Afrique où je l’ai trouvé. Il se perche ordinairement sur le sommet des arbres, où il est très-difficile de l’appercevoir; mais s’il se trouve dans le canton qu’il fréquente quelques grands arbres morts, il ne manque pas de s’y retirer de préférence, sur-tout quand il est repu: et en s’y tenant aux aguets, il est alors facile de le tuer au moment de son arrivée.
Cette buse est à peu près de la taille et de la forme de notre buse commune d’Europe; elle ressemble même tellement, pour son plumage, à plusieurs variétés de cette même espèce, qu’on la prendroit facilement, au premier coup-d’œil, pour être aussi une de ces variétés, si elle n’en étoit distinguée par le caractère du tarse, garni de plumes dans toute sa longueur, et par son bec plus délié et ses serres plus effilées; sa queue est aussi plus longue; la base du bec et les doigts sont jaunes. Le bec est bleuâtre; les ongles sont noirs et les yeux d’un brun noisette.
Tout le plumage de la Buse gantée est varié plus ou moins de brun, sur un fond blanc roussâtre, plus pur cependant sur la poitrine et la queue. Sur le flanc de chaque côté, le brun est répandu plus largement, et forme deux grandes taches de cette couleur; sur les culottes, les taches sont semi-circulaires et rangées symmétriquement dans la longueur des plumes. La queue est blanche en dessous, et porte vers son extrémité une bande noire; en dessus, elle est blanche, jusqu’à la moitié de sa longueur, où elle prend une légère teinte roussâtre, qui devient plus foncée à mesure qu’elle approche du bout, où elle est d’un brun-noir, et finit enfin par une bande blanche, formée par une tache de cette couleur, qui termine chaque plume de la queue. Le manteau et les aîles sont d’un brun foncé, varié d’une teinte plus foible. L’aîle ployée s’étend jusqu’au bout de la queue, qui est tant soit peu étagée.
LE TACHARD, No. 19.
J’ignore absolument tout, jusqu’à la plus petite particularité, de ce qui peut avoir rapport aux mœurs de cet oiseau de proie, que j’ai nommé Tachard, parce qu’il est l’unique de son espèce que j’ai été à portée de voir dans mes voyages, et qu’en outre je ne l’ai pas tué moi-même; car c’est mon fidèle Klaas qui le tira au moment où il passoit au-dessus de sa tête, et qui me l’apporta avec cette satisfaction qu’il avoit toujours à me procurer quelques oiseaux nouveaux et rares. Nous étions alors campés sur les bords de la rivière des Lions, dans le pays des giraffes, et depuis nous n’avons jamais apperçu un autre individu de la même espèce. Plusieurs Kaminouquois qui étoient présens quand Klaas me le remit, ne purent le nommer, et paroissoient ne pas le connoître. Il est donc probable que l’espèce habite un canton plus reculé, et que l’oiseau qui venoit d’être tué étoit un individu égaré et éloigné de son pays natal.
Le Tachard, par sa forme, approche beaucoup des autres buses africaines; cette espèce a seulement la queue plus longue qu’aucune des trois précédentes dont j’ai parlé, et elle est cependant la plus petite de toutes, quant à l’épaisseur du corps. Son bec est aussi foible que celui du rougri; mais en revanche ses serres sont plus grandes et plus arquées; ce qui prouveroit qu’elle chasse mieux: d’ailleurs, sa longue queue et ses aîles, dont la pointe s’étend jusqu’à son extrémité, doivent lui faciliter les moyens de poursuivre sa proie avec succès. Cette quatrième espèce de buse d’Afrique se distingue facilement du rounoir et du rougri, non-seulement par le caractère de sa queue plus longue, son corps plus svelte et ses couleurs différemment distribuées; mais encore parce que son tarse est couvert de plumes jusque passé le milieu de sa longueur: caractère qui suffira aussi pour la reconnoître d’avec la buse gantée, qui l’est entièrement jusque sur les doigts. Le Tachard est aussi moins culotté. Quant à ses couleurs, la tête est d’un brun-gris, égayé par quelques traits blancs de l’intérieur des plumes qui se montrent, et qui est la couleur générale du dessous de tout le plumage de cet oiseau. La gorge et la poitrine sont blanchâtres et parsemées de quelques taches brunes, répandues le long des plumes. Tout le dessous du corps, sur un fond blanc roussâtre, porte de larges taches brunes; les scapulaires et les couvertures des aîles sont d’un brun foncé; mais chacune des plumes étant bordée d’une couleur plus foible, elles se détachent et se dessinent séparément sur le fond. La queue, en dessus, est d’un brun foncé, et porte de larges bandes noirâtres; en dessous, elle est d’un gris-blanc, ondé d’un léger gris-brun, et les bandes y sont aussi moins apparentes. La base du bec est jaunâtre, la mandibule supérieure noire, et l’inférieure presqu’entièrement jaune jusqu’à sa pointe, qui seulement est noire. La partie nue du tarse est jaunâtre, ainsi que les doigts. Les ongles sont d’un brun-canelle. L’œil étoit d’un brun foncé rougeâtre. La queue est terminée carrément, c’est-à-dire, que toutes ses pennes sont d’une égale longueur.