J’ai tiré la dénomination de cet aigle de l’espèce de huppe qui le caractérise si bien. Cette touffe de plumes prend naissance sur l’occiput, se prolonge de cinq à six pouces par derrière, et descend avec grâce, en se courbant un peu vers le corps; elle est si flexible et si légère, que le plus petit vent ou le moindre mouvement de l’oiseau suffit pour la faire jouer en tout sens; ce qui lui prête une grâce toute particulière, en donnant à cette panache mille formes différentes, qui ajoutent encore à son agrément celui de varier à l’infini cet ornement de tête; parure que nos femmes ont si bien su imiter.

La couleur générale de cet oiseau est d’un brun sombre, plus clair sur le cou et la poitrine, et plus foncé au ventre, et sur tout le manteau. Les culottes, ou longues plumes des jambes, sont mêlées de blanc; le duvet qui tapisse le tarse dans toute sa longueur, jusqu’à la naissance des doigts, est encore plus mêlé de cette dernière couleur. Les grandes pennes sont d’un noir rembruni, et on apperçoit du blanc dans une partie du milieu de leurs barbes extérieures; toutes les autres pennes de l’aîle sont ondées d’un léger gris-brun et de blanc, ainsi que toutes celles de la queue, dont le bout est entièrement d’un brun-noir. Cette queue est tant soit peu arrondie. Les doigts sont jaunâtres; le bec est couleur de corne; l’iris est d’un jaune plus ou moins foncé suivant l’âge de l’oiseau; les ongles sont d’un noir luisant.

Je n’ai rencontré cette espèce que dans le pays d’Auteniquoi et dans la Caffrerie.

Le Huppard construit son nid sur les arbres, et le garnit de plumes ou de laine en dedans. La femelle pond deux œufs presque ronds, tachetés de brun-roux: elle est plus forte que son mâle; sa couleur est moins foncée, et sa huppe moins longue. Elle a aussi plus de blanc dans ses culottes, et sa tête porte quelques petites taches blanches vers les yeux et sur le sommet de la tête.

On est sûr de trouver le mâle et la femelle ensemble et toujours dans le même canton.

Le cri du Huppard ne produit qu’un son plaintif, que l’on entend fort rarement, à moins qu’il ne soit à la poursuite de quelques corbeaux, oiseaux auxquels il fait une guerre opiniâtre, quand ils s’approchent trop près de son nid. C’est sur-tout à l’espèce que j’ai nommée corbivau, qu’il paroît le plus acharné, parce que ceux-ci, mieux armés et plus entreprenans, osent souvent attaquer cet aigle pour se saisir de sa proie; en nombre, ils cherchent même à s’emparer de son aire, pour dévorer ses œufs ou ses petits. Il arrive même maintes fois que toute la couvée devient la proie de ces corbeaux voleurs; mais ce n’est jamais qu’excédé par le grand nombre, et après une défense opiniâtre, qui a coûté la vie à plus d’un corbivau, que le malheureux couple se voit réduit à laisser enlever et dévorer les membres épars et palpitans de ses chers aiglons, souvent trop foibles encore pour s’être défendus autrement que par les cris du désespoir.

Les jeunes Huppards sont d’abord couverts d’un duvet gris-blanc, qui peu à peu est remplacé par des plumes brunâtres, bordées de roux. J’ai été à portée d’examiner trois nids de Huppard; je n’y ai jamais trouvé que deux petits, dont toujours l’un étoit mâle et l’autre femelle: ce qui étoit facile à remarquer à la différence de leur taille. Au sortir du nid, la huppe est déja apparente dans le mâle.


LE BLANCHARD, No. 3.