La poitrine se soulève et s'abaisse. Autour des lèvres exsangues, la barbe a poussé. Claude dit enfin:

—Je n'arrive pas trop tard: vous êtes vivant.

Le blessé porte une main tâtonnante à son bandage, tourne un peu la tête avec un gémissement, découvre une large tache écarlate. Il ne regarde plus Claude. Il répète: Mais qu'y a-t-il, qu'y a-t-il? Et tout à coup:

—Je vais mourir.

Il prend la main de Claude, la serre avec le geste d'un enfant qui a peur. Il le supplie de ne plus le quitter, de rester là toujours. Claude sent les ongles de l'agonisant dans sa chair. Du temps passe. Edward voit les lèvres de Claude remuer. Il dit:

—Claude, à qui parles-tu?

Il comprend que le jeune homme prie et, du fond de son enfance protestante, cette parole lui revient:

—La Foi nous sauve.

—La Foi et aussi le repentir qui est l'amour. Voulez-vous prier?

Claude arrache sa main à l'étreinte du moribond; il lui joint les doigts et à voix haute, détache chaque parole du Notre Père qu'Edward répète après lui. Quand c'est fini, le mourant dit encore: