Edith, malgré la chaleur dans cette chambre sombre et d'odeur louche, est prise d'un tremblement; elle a peur, elle éprouve cette répulsion des bêtes à la porte d'un abattoir et d'un air suppliant:

—Je n'ai plus rien à faire ici, n'est-ce pas?

Elle mendie la permission de s'évader.

—Vous n'avez pas besoin de moi?

Sans répondre, le jeune homme se leva, lui ouvrit la porte; elle prit la fuite.

Claude, seul, essaya de prier. La glace de l'armoire et celle qui était au-dessus de la toilette multiplièrent la forme rigide étendue sur le lit: on eût dit qu'une hécatombe de jeunes hommes emplissait la chambre. La chaleur devenait accablante. Claude pensa à la vigne; on ferait du bon vin cette année et la récolte de 1914 vaudrait celle de 1911. Des pas lourds retentirent dans l'escalier. Devant la porte, des hommes haletèrent sous le poids de la boîte de plomb.

Aux abords de Paris, l'express s'arrête. Edith regarde sur les toits la brume de juin. Un appétit sauvage de bonheur lui donne de la honte, du dégoût et comme une mouche, elle chasse de sa pensée cette petite phrase que Mme Gonzalès, la veille au soir, lui glissa, et qui l'obsède:

—Si un homme est mort pour toi, ta fortune est faite, bijou.

Malagar 1914.–Paris 1920.