Les jeunes gens marchèrent dans l'allée du «tour du parc» où la robe de Marthe était la seule tache claire; et Jean-Paul se disait: «Pourquoi parler à celle qui ne comprend pas?...» Mais la jeune fille murmura soudain une phrase qui prouva qu'elle fut attentive:
—Ton cœur est aussi fermé à l'amitié qu'il l'est à l'amour!
—C'est vrai, Marthe,—et sais-tu ce qu'est l'amour?
Elle dit, d'une voix qu'elle voulait rendre indifférente:
—Oui, Jean-Paul, je le sais.
Il n'osa répondre, et il fauchait avec sa canne les tiges longues des fougères...
Une sirène d'automobile déchira l'air. Les jeunes gens revinrent à la hâte. M. Bertrand Johanet, le père de Jean-Paul, énorme dans ses fourrures, embrassa le jeune homme avec une tendresse timide:
—Je n'ai pu attendre jusqu'à demain, Jean-Paul...
Sa barbe, épaisse et mal soignée, ne laissait voir que peu des joues brûlées par le soleil et le grand air... Le nez, rouge et gonflé, éclatait comme une braise dans la figure commune. Le poil jaillissait en touffes des oreilles... Le gros homme était gêné devant ce fils trop délicat comme autrefois devant la jeune femme qui vécut et mourut à ses côtés, fidèle, silencieuse, résignée...
Le dîner fut long et copieux. Jules Balzon adorait son cousin. Ils avaient de communs souvenirs d'enfance que le professeur évoquait avec assez de verve... Le père de Jean-Paul riait bruyamment, se congestionnait et quand son fils lui offrait un peu d'eau, reculait le verre en disant: