Jean-Paul s'effraye de ne pas l'aimer. «J'ai vingt-trois ans, songe-t-il, et je n'ai jamais rien éprouvé qui fût de l'amour. Il semble que mon cœur possède également le désir et l'incapacité d'aimer...

«Et cependant, lorsque je me suis résigné à vivre comme les autres hommes, à rechercher les mêmes joies, n'était-ce pas à l'amour que je songeais? Puis-je me contenter de menus plaisirs physiques?»

Des images s'éveillaient en lui qui l'obligèrent à se voiler la face dans un geste de dégoût.

Une horloge sonna quatre heures. La vitre ruisselait comme un visage plein de larmes et déjà on voyait des lampes s'allumer. «Mon Dieu, mon Dieu, murmura-t-il, vous m'avez exilé, même de l'amour humain...»


XXIV

Liette doit aux bontés de Jean-Paul un joli «quatrième» à Passy, une femme de chambre et une cuisinière. Ces deux subalternes occupent dans sa vie une place essentielle. Jean-Paul est tenu au courant de leurs faits et gestes, n'ignore rien des dernières insolences de «cette fille» ni de ce qu'on apprit sur son compte chez le crémier.

Même chez la discrète Marthe, Jean-Paul avait remarqué ce goût des femmes pour les histoires d'office et d'antichambre: rien ne les intéresse au monde que leurs servantes.

Mais plus encore que la conversation de Liette, Jean-Paul redoutait les «parties» avec Lulu et son amie et quelques compagnons de plaisir dans les lieux de plaisir, cabarets artistiques, restaurants de nuit où l'on compose de la joie avec du champagne, beaucoup de lumière électrique, des tziganes, et la valse chaloupée. Au long de ces mornes soirées, Jean-Paul évoquait les douces et graves soirées d'autrefois.

Les soirées d'autrefois! Jean-Paul revit le cercle intime de quelques amis—alors que, malgré l'heure avancée, nul ne pouvait quitter le tiède petit bureau—l'étroite lueur de la lampe ... chacun prenait dans la bibliothèque de Jean-Paul le livre le plus aimé, et lisait à son tour.