XXV

Jean-Paul s'accoude un instant au parapet du pont des Saints-Pères comme appelé par l'eau noire, où s'étirent les reflets tremblants des réverbères. D'un geste habituel, il promène sur son visage des doigts qui fleurent encore le musc et le tabac d'Orient.

La sensualité de Liette ne lui est plus qu'une fatigue—un indicible dégoût. Il n'est que temps de la fuir. Mais dès lors que lui reste-t-il?

Trois heures sonnent. Paris semble déserté subitement, après un grand désastre. Jean-Paul est seul. Que fera-t-il demain? Il ne voit pas d'occupation précise à quoi s'employer.—Ah! dormir ... dormir d'un sommeil indéfini...—Penché sur la mouvante obscurité du fleuve, il ose dire le mot: mourir. Terrifié, il s'éloigna du parapet.

Dans la nuit, il monta son escalier, lentement, ayant peur de retrouver sa chambre solitaire et froide ... ou peut-être indifférent à tout, n'éprouvant même plus ce vague désir d'arriver qui toujours fait hâter le pas... Et une telle fatigue l'écrasait qu'au deuxième étage il dut s'arrêter et appuyer contre son cœur ses deux mains.

Il se demandait: «Pourquoi ai-je peur de la mort?—Ce n'est pas la petite angoisse du dernier hoquet qui me fait reculer. Est-ce de Dieu que j'ai peur?»

Et ce seul mot, prononcé avec ironie, le bouleversa. Il répéta: «Est-ce de Vous, mon Dieu, que j'ai peur?»

Il sentit sourdre à ses yeux la source des pleurs. Il crut découvrir en lui une présence infinie et que Celui qu'il avait cru très loin, jamais n'avait été aussi près ... le salut était là, dans le réveil de sa sensibilité religieuse.

S'y abandonna-t-il adroitement, avec cette faculté qu'il eut toujours de composer ses émotions, de se duper en demeurant sincère? Mais non, à cette heure-là, de toutes les pauvres roueries apprises dans les livres, rien ne subsistait.