Puis il entendit M. Balzon qui demandait la lampe. Alors il sortit. La nuit venait. Le jardinier arrosait les massifs de géraniums et les œillets de Chine. Une odeur poivrée emplissait l'air, mêlée au parfum de la terre chaude et mouillée.

Jean-Paul gagna la route de Johanet. Des hommes passèrent, la veste sur l'épaule, et lui souhaitèrent gravement bonsoir, une charrette s'éloignait, avec des cahottements espacés et sourds.

Octobre vint. M. Johanet prépara sa chasse à la palombe. Chaque matin, Jean-Paul l'entendait, interrogeant, de sa fenêtre, le jardinier:

—Passat paloumbes?

Le jeune homme songeait à l'avenir. Avant d'épouser Marthe, ne devait-il pas essayer de faire un peu de bien à ceux qu'il avait scandalisés? Une lettre de Vincent Hiéron lui avait appris que Georges Élie était malade, qu'il souffrait seul, dans une pauvre chambre au fond du quartier de Plaisance.

—J'irai le voir, se dit Jean-Paul, je le soignerai, je le sauverai.

La veille du départ, il fit une dernière fois avec Marthe la promenade du soleil couchant ... aucun mot ne fut prononcé. Mais, avec une certitude ineffable, ils se sentaient unis pour la vie et au delà... Le soir était tout vibrant d'appels de bergers, d'abois de chiens, de rires. Dans les champs dénudés les bœufs étaient immobiles, et sur les charrettes, des garçons et des filles, hâtivement déchargeaient le fumier... Le vent sentait l'étable, l'herbe brûlée—mais l'odeur s'y mêlait déjà de bois humide et de marais, qu'on respire l'hiver dans les landes inondées où l'on chasse les bécasses. Des voix lointaines s'élevèrent qui criaient: «Seméro! Seméro!...» Dans la campagne, d'autres voix leur répondirent et de tous les champs où les paysans travaillaient encore, de tous les seuils où ceux qui étaient rentrés attendaient, sous la treille, l'heure de la soupe, le même cri jaillit, ce cri qui annonce aux chasseurs le passage d'un vol: «Seméro! Seméro!»

Jean-Paul et Marthe levèrent les yeux au ciel, où le croissant de la lune était encore pâle.

—Les premières palombes... dit Marthe.