Note 152:[ (retour) ] Roi.

Il arriva qu'un jour une vieille qui cherchait des champignons en bordure du lougan entendit Dêdé chanter. Elle s'en fut trouver le roi et lui dit: «Grand massa, si tu me rassasies de viande sans os, je t'apprendrai une nouvelle intéressante[153]».

Note 153:[ (retour) ] Procédé fréquent des contes noirs. Cf. L'homme touffu—Les trois femmes et le sartyi et (Contes des Gow) Fatimata de Tigilem.

Le roi lui fit donner des oeufs durs autant qu'elle en voulut. Alors la vieille lui déclara ceci: «La femme qui est chez toi comme ta femme n'est pas la vraie fille du roi. C'est sa griote seulement. Si tu tiens à savoir la vérité, fais venir ici toutes les filles du village et ordonne leur de répéter la chanson qu'elles chantent le matin en effarouchant les oiseaux pilleurs de lougans».

Le massa fit convoquer toutes les filles du village, chacune portant l'enfant confié à ses soins. Il les invita à répéter la chanson qu'elles chantaient le matin: et elles obéirent. Quand vint le tour de Dédé, qui était la dernière, celle-ci chanta une tout autre chanson que celle que la vieille avait surprise. Alors cette dernière, qui se tenait au côté du chef, dit: «Ce n'est pas cette chanson-là!»

Le massa tira son sabre du fourreau et menaça la fausse griote de l'égorger sur le champ si elle ne chantait pas la véritable chanson.

Épouvantée, Dêdé déposa à terre l'enfant qu'elle avait sur son dos puis, le reprenant et le faisant sauter dans ses bras, elle chanta:

Tais-toi, petit de griote, etc.

Quand elle eut fini de chanter, le massa comprit de quelle fourberie il avait été la victime. Il fit venir la griote et lui coupa la gorge. Dêdé alors se lava les mains dans le sang de l'aventurière[154] et prit la place à laquelle elle avait droit.

Note 154:[ (retour) ] Geste symbolique commun aux aryens et aux chamites. Cf. G. de Castro: «Las mocedades del Cid».