«Oh mais! murmura Ybilis, c'est de ma flûte qu'on joue là-bas!» Il alla près de l'adolescent sous une forme qui ne pouvait éveiller la défiance de celui-ci puis, arrivé tout à côté de lui, il se changea en arbre.
Le soir, quand le bilakoro rassembla ses moutons pour regagner le village, Ybilis prit la forme d'une femme très belle et le suivit ainsi jusqu'à la case de ses parents. Il y entra avec lui et dit au père: «Je n'ai pas de mère et je suis venue pour t'épouser».
Le père était cet enfant d'autrefois qui avait dérobé à Ybilis sa flûte. Il reconnut du premier coup d'oeil à qui il avait affaire mais il dissimula: «Cela va bien, répondit-il, et je vais te prendre pour femme».
Il donna à sa première épouse l'ordre de faire chauffer de l'eau pour ses ablutions. Après s'être lavé, il vint trouver Ybilis: «Femme, lui dit-il, c'est à ton tour d'aller te laver. Il reste de l'eau là-bas. Vas-y. Ensuite tu viendras me rejoindre dans ma case où tu me trouveras couché sous ma couverture et tu te coucheras derrière moi[180]».
Note 180:[ (retour) ] Derrière moi... Les femmes indigènes dorment «derrière» leurs maris, d'après le conteur, c'est-à-dire entre leur mari et le mur.
Ybilis alla faire ses ablutions. Avant qu'il revint, l'homme avait lié ensemble trois pilons à mil et les avait placés sous la couverture de façon à faire croire que c'était un homme qu'elle recouvrait.
Quand Ybilis revint, il aperçut cette forme confuse et se coucha près d'elle sans souffler mot mais, à minuit, il se réveilla et, d'un seul coup de ses mâchoires, il trancha net les trois pilons, croyant tuer son voleur de flûte. Ensuite il partit, sans se préoccuper de son instrument.
Le lendemain l'homme appela sa vieille mère et lui raconta ce qui s'était passé. On ne revit plus Ybilis dont la flûte resta dans le village.
Bogandé, 1911.
Conté par SAMAKO NIEMBÉLÉ,