Pas d'intersignes comme dans les contes bretons.

Pas de paysans naïfs jusqu'à la stupidité comme dans les contes allemands.

Pas d'existence, ou plutôt, de personnalité caractérisée donnée à des ustensiles usuels. Cf. avec le conte d'Andersen qui met en scène une théière un sucrier, des pinces à feu, etc. (Es war einmal. Paul Arndt).

Pas de races traditionnellement caricaturées comme les Souabes ou les Schildburger en Allemagne, à moins qu'on ne considère comme telle celle des Bagnoums (V. Bérenger-Féraud: La chasse au lion des Bagnoums).

Pas de professions raillées ou décriées comme, jadis en Bretagne, celle des tailleurs. Les griots n'ont pas un plus mauvais rôle que les autres indigènes, encore que dans la vie réelle ils bénéficient d'une très relative estime. Peut-être les contes sont-ils—en principe—leur oeuvre, ce qui expliquerait que, sur ce point, la littérature ne soit pas le reflet toujours fidèle de l'esprit de la race qui en fait son moyen d'expression.

Pas de légende dans le genre de celles des 7 Dormants, de Rip van Winkle ou du moine extatique. Les conteurs noirs n'ont vu que le côté comique des sommeils indéfiniment prolongés.

Pas de contes de revenants proprement dits.—Tous ceux où l'on voit des morts agir n'ont pas ce caractère, à mon avis. Les mères d'orphelines revivent après être sorties de la tombe. Quant à celle de Marama (Le sounkala de Marama) c'est une vision de rêve et non pas un revenant réel. Le mort du Cadavre ambulant est un mort que l'on n'a pas enterré et non un véritable revenant.

Pas de légendes relatives aux génies de là terre ou du sous-sol, non plus qu'aux génies de la montagne. Je ne voudrais cependant pas me montrer trop catégorique à ce propos, n'ayant recueilli de contes que dans des régions dépourvues d'accidents de terrain bien caractérisés et étant insuffisamment renseigné, faute d'un séjour prolongé, sur la littérature merveilleuse des montagnards du cercle de Bandiagara.

LE CHEVALERESQUE DANS LA LITTÉRATURE DES NOIRS

C'est principalement dans les récits des Torodo que nous relevons les traces d'une mentalité chevaleresque, analogue à celle de notre moyen âge. Je regarde ce que j'ai intitulé La geste de Samba Guénâdio Diêgui comme une chanson de geste véritable. Je renvoie le lecteur à cette légende, non sans avoir souligné les quelques détails ci-dessous: