Intelligence.—Le guinné devine la pensée. Il dit presque invariablement à qui il rencontre: «Je sais ce que tu as dans le coeur.—Je sais ce que tu veux».
Caractère.—Comme tous les êtres animés et conscients, le guinné est tantôt bon, tantôt méchant et même l'un et l'autre en même temps et selon les circonstances. Quelquefois, sa malfaisance se restreint à des farces dangereuses. C'est ainsi qu'il s'amuse à épouvanter ceux qui s'aventurent dans son domaine d'obscurité car la nuit appartient au guinné et il interdit l'ombre comme d'autres interdisent l'espace. Ses apparitions terrifiantes semblent surtout avoir pour but d'éprouver le courage des voyageurs (v. Le guinné altéré.—Les maîtres de la nuit.—S.-G. Diêgui, etc.). Le courage le désarme et le rend impuissant.
Il n'est pas que le courage pour se sauver de lui. De bons grigris sont efficaces, soit pour l'écarter, soit pour guérir les effets fâcheux produits par sa vue. Ces grigris peuvent être des mots du Koran comme dans le chasseur de Ouallalane. Quant aux simagrées des médecins toubabs, elles restent de nul effet (v. Le spahi et la guinné in fine).
Pour la faro, il y a des précautions particulières à prendre, notamment quand on passe à proximité de l'île appelée Faroti entre Mopti et Ségou. Il est nécessaire, si l'on a parmi les provisions des douceurs (lait ou miel), d'en verser un peu dans le fleuve en offrande à la faro; faute de le faire on courrait le risque d'être englouti.
Le conte du Laptot giflé indique encore un moyen de se préserver des maléfices du guinné lorsque l'on vient à quitter sa maîtresse tard dans la nuit. Il faut que celle-ci attache son pagne de la main gauche et reste assise jusqu'à ce que l'amant soit rentré chez lui.
Ils n'aiment pas les abeilles; aussi n'habitent-ils pas les arbres où se trouvent des ruches (v. Le miel aux tytyirga).
Les chevaux aussi protègent leurs cavaliers contre les guinné (v. à ce sujet le conte de Service de Nuit).—Enfin il est à noter que la présence d'un chien noir épouvante aussi les êtres de la nuit (v. à ce sujet Les nyama et le cultivateur—Le canari merveilleux et Le chien de Dyinamissa). Je renvoie le lecteur à la note détaillée qui suit ce conte.
On peut aussi deviner leur véritable nature à leur façon de parler (le guinné aime à parodier l'accent de ses interlocuteurs) et à leur prononciation nasale. (Voir la fille d'Aoua Gaye).
Certains guinné protègent la faiblesse persécutée: les orphelines tourmentées par leurs marâtres, les frères victimes de mauvais frères, les sinamousso dont les autres co-épouses cherchent la perte, etc. D'autres au contraire ont un secret penchant pour les gens malhonnêtes et les aident de tout leur pouvoir (v. NMolo, MBaye Poullo, etc., etc.). Quelquefois, ils font payer assez cher leurs services. Ainsi, dans Le pardon du guinnârou, le guinné veut la vie de la soeur de son protégé en échange de l'aide donnée.
Ils sont vindicatifs (v. Le guinné du tâli et L'implacable créancier) et parfois même gratuitement féroces comme le guinnârou de Fonfoya. Cependant ils ont l'orgueil de leur race et opposent volontiers, en paroles sinon en actions, leur loyauté à la félonie de la race des hommes (v. Mamadou et Anta la guinné).