Note 9: [(retour)]

C'estoit la mère nourricière

De ceux qui n'avoient point d'argent;

A tromper devant et derrière

Estoit un homme diligent. ([P. 190.])

Rien ne prouve cependant que Villon ait eu maille à partir avec elle à cause de ses entreprises sur le bien d'autrui. On a parlé de ses deux procès: il en eut au moins trois, bien constatés par ses oeuvres, et le premier, qu'on n'avait pas fait ressortir jusqu'à présent, est le seul dont le sujet soit indiqué d'une manière certaine. C'est la suite d'une affaire d'amour.

Avant de tomber dans ces relations honteuses avec des femmes perdues dont la Ballade de la Grosse Margot[10] nous donne l'ignoble tableau, Villon fut amoureux. Il connut l'amour vrai, l'amour naïf et timide[11]. Quel fut l'objet de cette passion, c'est ce qu'il n'est pas facile de dire. Il l'appelle de divers noms, Denise, Roze, Katherine de Vauzelles. Que ce fût une femme de moeurs faciles, une gentille bourgeoise ou une noble damoiselle, il paraît certain que c'était une coquette. Elle l'écouta d'abord, l'encouragea[12] et finit par le rebuter. Il s'en plaignit sans doute à ses compagnons, que les femmes qu'ils fréquentaient n'avaient pas habitués à de pareilles rigueurs, et qui se moquèrent de lui[13]. Villon s'emporta contre sa belle, lui fit des avanies, lui dit des injures, composa peut-être contre elle quelque ballade piquante, quelque rondeau bien méchant. Or, bien que religieux au fond, il frondait volontiers les choses sacrées[14]. La belle dame se plaignit; la juridiction ecclésiastique s'en mêla[15], et Villon fut bel et bien condamné au fouet[16].

Note 10: [(retour)] [Page 83.]

Note 11: [(retour)] Le doux souvenir de cette passion se montre en maints endroits des oeuvres de Villon, mêlé à ses regrets et aux reproches qu'il adresse à sa maîtresse avide et cruelle. Voy. les huitains III, IV, V et X du Petit Testament, LV à LIX du Grand Testament, la ballade de la [page 57,] le rondeau [p. 59,] etc.

Note 12: [(retour)]

Quoy que je luy voulsisse dire,

Elle estoit preste d'escouter, etc. ([P. 47.])

Note 13: [(retour)]

... qui partout m'appelle

L'amant remys et renié. ([P. 48.])

Note 14: [(retour)] Voir notamment les huitains CVI à CX du Grand Testament.

Note 15: [(retour)]

Quant chicanner me feit Denise,

Disant que je l'avoye mauldite. [P. 69.]

Note 16: [(retour)] La sentence fut exécutée. La Double ballade de la page 45 ne laisse aucun doute à cet égard:

J'en fus batu, comme à ru telles,

Tout nud... ([P. 46,] v. 24-25.)