Une édition de Villon n'est pas facile à faire. J'ai largement mis à profit les travaux de mes devanciers, et je me plais à le reconnaître. J'aurais pu relever bien des erreurs: je me suis contenté de les corriger. Je crois que cette édition vaut mieux que celles qui l'ont précédée. D'autres viendront après moi qui feront mieux. J'ai cru prudent de leur donner l'exemple de l'indulgence.
P. JANNET.
La langue de Villon est encore la vieille et bonne langue française, riche et simple, claire, naturelle, à l'allure vive et franche. C'est encore la langue des fabliaux, assouplie, mais presque entièrement préservée de l'invasion des mots pédantesques forgés dans la seconde moitié du XVe siècle. Le Glossaire, dont l'étendue est grande relativement à celle du livre, n'offre qu'un petit nombre de ces mots. En revanche, il en contient beaucoup d'autres dont la perte est regrettable.
Villon était très-sévère pour la rime. Aussi, lorsque nous rencontrons à la fin de ses vers quelque chose qui nous paraît anormal, nous devons nous garder de l'expliquer par une négligence du poëte. Il faut chercher d'autres raisons; cela peut amener des observations intéressantes.
Par exemple, lorsqu'il fait rimer e avec a [32], cela prouve, ainsi que Marot l'a remarqué, que Villon prononçait, à la parisienne, a pour e.
Lorsqu'il fait rimer oi, oy, avec ai, ay, é [33], cela prouve que ce que nous appelons la diphtongue oi se prononçait é ou è.
S'il fait rimer Changon, Nygon, escourgon, avec donjon [34], c'est que, dans certains cas, le g se prononçait j.
Note 32: [(retour)] Robert, Haubert, avec pluspart, poupart ([p.11] et [12]); La Barre, feurre, avec terre, guerre ([p. 14]); appert avec part, despart ([p. 44]), etc.
Note 33: [(retour)] Chollet avec souloit ([p. 14);] exploictz avec laiz ([p. 17]); moyne, essoyne, royne, avec Seine ([p. 34]), etc.