D'où il résulte clairement que, dans le canton de Mont-de-Marsan, la culture du pin a eu les mêmes conséquences que dans le reste du département. Ce qui a réduit l'augmentation de la population de ce canton à 19 p. 100, c'est l'influence de la ville de Mont-de-Marsan qui n'a pas plus d'habitants en 1841 qu'en 1804. Si l'on faisait abstraction de la ville, le canton figurerait le dixième au tableau page [302], entre Arjuzanx et Saint-Vincent. Mais quelles sont les causes de l'état stationnaire de notre chef-lieu? Il n'entre pas dans mon sujet de les rechercher. Peut-être la diminution du commerce des eaux-de-vie n'y est-elle pas étrangère; peut-être aussi nous dissimule-t-il une partie de sa population.
Il nous reste à étudier le canton de Montfort. Ce canton présente, dans son ensemble, une augmentation de population de 11 p. 100. C'est bien peu relativement à la région des pins; mais c'est encore plus qu'on ne devait attendre d'un canton vinicole, d'après ce qui se passe à Villeneuve, Gabarret, Saint-Sever et Mugron. Mais si le canton de Montfort renferme quelques communes vinicoles, il en contient aussi beaucoup d'agricoles.
Quelles sont celles qui ont fait atteindre à l'ensemble du canton le chiffre de 11 p. 100? C'est ce que nous allons reconnaître en observant séparément ces deux catégories. (Voir le tableau ci-contre.)
Ainsi, comme, en décomposant le canton de Mont-de-Marsan, nous nous sommes assuré que s'il n'occupe pas un rang plus élevé dans l'échelle de la prospérité départementale, ce n'est pas la culture des pins qui l'a arrêté; de même, en analysant le canton de Montfort, nous acquérons la certitude qu'il ne s'est maintenu au vingtième rang que grâce à ses nombreuses communes agricoles. Si l'on en détachait ces communes, il descendrait à un des rangs les plus inférieurs, et ne serait dépassé en misère et en dépopulation que par les cantons de Saint-Sever et de Mugron.
Ces deux exemples nous avertissent que la circonscription cantonale est encore trop étendue, qu'elle admet une trop grande variété de cultures pour nous révéler d'une manière satisfaisante l'influence de chacune d'elles sur la population, puisque ces influences ne nous apparaissent que confondues. Il faut les séparer autant que possible; il faut poursuivre la vérité jusque dans la circonscription communale. C'est l'objet des cinq tableaux qui terminent cet écrit.
DÉCOMPOSITION DU CANTON DE MONTFORT.
| COMMUNES AGRICOLES. | CULTURES. | POPULATION. | COMMUNES VINICOLES. | CULTURES. | POPULATION. | ||||
| Labourables | Vignes | 1801 | 1841 | Labourables | Vignes | 1801 | 1841 | ||
| hect. | hect. | hab. | hab. | hect. | hect. | hab. | hab. | ||
| Clermont | 450 | 20 | 825 | 913 | Montfort | 190 | 350 | 1,574 | 1,644 |
| Garrey | 140 | 15 | 219 | 228 | Gamarde | 480 | 310 | 1,194 | 1,336 |
| Gousse | 110 | 6 | 151 | 216 | Laurède | 100 | 105 | 844 | 769 |
| Hinx | 500 | 50 | 656 | 776 | Lourquen | 180 | 120 | 380 | 416 |
| Louer | 120 | 4 | 112 | 149 | Nousse | 80 | 110 | 390 | 393 |
| Ouard | 330 | 1 | 321 | 370 | Poyanne | 100 | 140 | 563 | 558 |
| Ozourt | 240 | 22 | 287 | 350 | Poyartin | 590 | 170 | 970 | 983 |
| Lier | 420 | 1 | 371 | 509 | Saint-Geours | 240 | 310 | 773 | 849 |
| Sort | 480 | 30 | 826 | 943 | |||||
| Vicq | 250 | " | 290 | 344 | |||||
| Cassen | 170 | 43 | 348 | 466 | |||||
| Gibret | 110 | 76 | 237 | 292 | |||||
| Goos | 310 | 60 | 487 | 566 | |||||
| Préchacq | 410 | 60 | 491 | 584 | |||||
| Totaux | 4,040 | 388 | 5,621 | 6,076 | Totaux | 1,960 | 1,700 | 6,688 | 6,948 |
| Proportion des vignes aux labourables, 1/10. Augmentation de population, 19 p. 100. | Proportion des vignes aux labourables, ½. Augmentation de population, 4 p. 100. | ||||||||
J'ai pris, dans le rapport de M. le Directeur, des contributions directes, les vingt-deux communes qui offrent la plus forte proportion de pins, et les vingt-deux communes qui présentent la plus grande proportion de vignes, sans distinction de cantons et d'arrondissements. Ces deux classes de communes forment le premier et le dernier des cinq tableaux. Entre ces deux classes, il y en a une qui ne contient que des labourables. Enfin, deux autres classes marquent la transition, l'une entre le pin et les labourables, l'autre entre les labourables et la vigne. À côté de chaque commune, j'ai mis le chiffre de la population en 1804 et en 1841. Par là nous découvrirons comment la population a été affectée, non-seulement par chacune des trois grandes cultures du pays, mais encore par la combinaison de deux de ces cultures. (Voir pages [329] à [333].)
Comment n'être pas frappé des remarquables résultats que révèlent ces tableaux?