J'ai essayé d'organiser à Bordeaux une association pour l'affranchissement des échanges; mais j'ai échoué parce que si l'on rencontre quelques esprits qui souhaitent instinctivement la liberté dans une certaine mesure, il ne s'en trouve pas qui la comprennent en principe.
D'ailleurs une association n'opère que par la publicité, et il lui faut de l'argent. Je ne suis pas assez riche pour la doter à moi seul; et demander des fonds, c'eût été créer l'insurmontable obstacle de la méfiance.
J'ai songé à établir à Paris un journal quotidien fondé sur ces deux données: Liberté commerciale; exclusion d'esprit de parti.—Là, encore, je suis venu me heurter contre des obstacles pécuniaires et autres, qu'il est inutile de vous exposer. Je le regretterai tous les jours de ma vie, car j'ai la conviction qu'un tel journal, répondant à un besoin de l'opinion, aurait eu des chances de succès.—(Je n'y renonce pas.)
Enfin, j'ai voulu savoir si je pouvais avoir quelques chances d'être nommé député, et j'ai acquis la certitude que mes concitoyens m'accorderaient leurs suffrages; car j'atteignis presque la majorité aux dernières élections. Mais des considérations personnelles m'empêchent d'aspirer à cette position, que j'aurais pu faire tourner à l'avantage de notre cause.
Forcé de restreindre mon action, je me suis mis à traduire vos séances de Drury-Lane et de Covent-Garden.—Au mois de mai prochain, je livrerai cette traduction à la publicité. J'en attends de bons effets.
1o Il faudra bien que l'on reconnaisse, en France, l'existence de l'agitation anglaise contre les monopoles.
2o Il faudra bien qu'on cesse de croire que la liberté n'est qu'un piége que l'Angleterre tend aux autres nations.
3o Les arguments en faveur de la liberté du commerce auront peut-être plus d'effet, sous la forme vive, variée, populaire de vos speeches, que dans les ouvrages méthodiques des économistes.
4o Votre tactique si bien dirigée, en bas sur l'opinion, en haut sur le parlement, nous apprendra à agir de même et nous éclairera sur le parti qu'on peut tirer des institutions constitutionnelles.
5o Cette publication sera un coup vigoureux porté à ces deux grands fléaux de notre époque: L'esprit de parti et les haines nationales.