Il est assez ordinaire de voir les hommes qui ont épousé une cause ou un parti arranger les faits, les tourmenter, les supposer même dans l'intérêt de l'opinion qu'ils défendent.
C'est sans doute la tactique du Moniteur de la prohibition, car il ne tient pas à lui que nous n'entrions dans cette voie d'hypocrisie et de charlatanisme.
Cette feuille épluche avec grand soin nos colonnes, pour y trouver ce qu'elle appelle nos aveux.
Constatons-nous que certains journaux, qui se prétendent les défenseurs exclusifs de la liberté, ont déserté la liberté commerciale? Aveu.
Sommes-nous surpris que les ouvriers se montrent indifférents à l'égard d'un système qui élève le prix du pain, de la viande, du combustible, des outils, du vêtement, sans rien faire pour les salaires? Aveu.
Cherchons-nous à détruire les alarmes imaginaires que la liberté des transactions inspire à quelques esprits prévenus? Aveu.
Gémissons-nous de voir l'aristocratie britannique, un an après que le principe de la liberté lui a été imposé par l'opinion populaire, s'efforcer d'entraîner cette opinion dans la dangereuse et inconséquente voie des armements? Aveu.
Que faudrait-il donc faire pour se mettre à l'abri de la vigilance du Moniteur industriel? Eh! parbleu, la chose est simple: imiter les charlatans de tous les partis; affirmer que le régime protecteur n'a les sympathies de personne; que l'immense majorité des citoyens, soit en dedans, soit en dehors du pouvoir, possède assez de connaissances économiques pour apercevoir tout ce qu'il y a d'injustice et de déception dans ce système; nier les faits, en un mot, avocasser.
Mais alors comment expliquer notre Association? Si nous étions sûrs que l'opinion publique est parfaitement éclairée, qu'elle est pour nous, qu'elle n'a plus rien à apprendre, pourquoi nous serions-nous associés?
Dussions-nous fournir encore souvent au Moniteur industriel l'occasion de se réjouir de nos aveux, nous continuerons à exposer devant nos lecteurs tous les faits qui intéressent notre cause, aussi bien ceux qui peuvent retarder que ceux qui doivent hâter son succès.