Ayant ainsi tout arrangé, taxes et restrictions, on se frotta les mains, disant: Ceci n'est pas de la théorie.
Cependant quelques Welches, traversant l'Océan, allèrent à Saccharique pour y cultiver la canne. Mais il se trouva qu'ils ne pouvaient supporter le travail sous ce climat énervant. On alla alors dans une autre partie du monde, puis, y ayant enlevé des hommes tout noirs, on les transporta sur l'îlot, et on les contraignit, à grands coups de bâton, à le cultiver.
Malgré cet expédient énergique, le petit îlot ne pouvait fournir le demi-quart du sucre qui était nécessaire à la nation Welche. Le prix s'en éleva, ainsi qu'il arrive toujours quand dix personnes recherchent une chose dont il n'y a que pour une. Les plus riches d'entre les Welches purent seuls se sucrer.
La cherté du sucre eut un autre effet. Elle excita les planteurs de Saccharique à aller enlever un plus grand nombre d'hommes noirs, afin de les assujettir, toujours à grands coups de bâton, à cultiver la canne jusque sur les sables et les rochers les plus arides. On vit alors ce qui ne s'était jamais vu, les habitants d'un pays ne rien faire directement pour pourvoir à leur subsistance et à leur vêtement, et ne travailler que pour l'exportation.
Et les Welches disaient: C'est merveilleux de voir comme le travail se développe sur notre îlot des antipodes.
Pourtant, dans la suite des temps, les plus pauvres d'entre eux se prirent à murmurer en ces termes:
«Qu'avons-nous fait? Voilà que le sucre n'est plus à notre portée. En outre, nous ne faisons plus le vin, la soie et la toile qui se répandaient dans tout un hémisphère. Notre commerce est réduit à ce qu'un petit rocher peut donner et recevoir. Notre marine marchande est aux abois, et les taxes nous accablent.»
Mais on leur répondait avec raison: N'est-ce pas une gloire pour vous d'avoir une possession aux antipodes? Quant au vin, buvez-le. Quant à la toile et au drap, on vous en fera faire en vous accordant des priviléges. Et pour ce qui est des taxes, il n'y a rien de perdu, puisque l'argent qui sort de vos poches entre dans les nôtres.
Quelquefois ces mêmes rêveurs demandaient: À quoi bon cette grande marine militaire? On leur répondait: À conserver la colonie.—Et s'ils insistaient, disant: À quoi bon la colonie? on leur répliquait sans hésiter: À conserver la marine militaire.
Ainsi les pauvres utopistes étaient battus sur tous les points.