Et il vit que les hôtelleries étaient toujours pleines de voyageurs, et que ces voyageurs ayant faim, il s'était groupé autour d'elles des boutiques de bouchers, boulangers, charcutiers et marchands de nids d'hirondelles.—Et que ces honnêtes artisans ne pouvant aller nus, il s'était aussi établi des tailleurs, des cordonniers, des marchands de parasols et d'éventails, et que, comme on ne couche pas à la belle étoile, même dans le Céleste Empire, des charpentiers, des maçons et couvreurs étaient accourus. Puis vinrent des officiers de police, des juges, des fakirs; en un mot, il se forma une ville avec ses faubourgs autour de chaque hôtellerie.
Et l'empereur dit à Kouang: Que vous en semble?
Et Kouang répondit: Je n'aurais jamais cru que la destruction d'un canal put créer pour le peuple autant de travail; car l'idée ne lui vint pas que ce n'était pas du travail créé, mais détourné; que les voyageurs mangeaient, lorsqu'ils passaient sur le canal aussi bien que depuis qu'ils étaient forcés de passer sur la route.
Cependant, au grand étonnement des Chinois, l'empereur mourut et ce fils du Ciel fut mis en terre.
Son successeur manda Kouang, et lui dit: Faites déblayer le canal.
Et Kouang dit au nouvel empereur:
—Fils du Ciel, vous faites une faute.
Et l'empereur répondit:
—Kouang, vous dites une sottise.
Mais Kouang insista et dit: Sire, quel est votre but?