«Un armateur. Notre marine est aux abois (digression belliqueuse). Cela n'est pas surprenant, je ne saurais construire sans fer. J'en trouve bien à 10 fr. sur le marché du monde; mais, de par la loi, le maître de forges français me force à le lui payer 15 fr.: c'est donc 5 fr. qu'il me soustrait. Je demande la liberté d'acheter où bon me semble.

«Un maître de forges. Sur le marché du monde, je trouve à faire opérer des transports à 20 fr.—Législativement, l'armateur en exige 30: c'est donc 10 fr. qu'il me prend. Il me pille, je le pille; tout est pour le mieux.

«Un homme d'État. La conclusion de l'armateur est bien imprudente. Oh! cultivons l'union touchante qui fait notre force; si nous effaçons un iota à la théorie de la protection, adieu la théorie entière.

«L'armateur. Mais pour nous la protection a failli: je répète que la marine est aux abois.

«Un marin. Eh bien! relevons la surtaxe, et que l'armateur, qui prend 30 au public pour son fret, en prenne 40.

«Un ministre. Le gouvernement poussera jusqu'aux dernières limites le beau mécanisme de la surtaxe; mais je crains que cela ne suffise pas[50].

«Un fonctionnaire. Vous voilà tous bien empêchés pour peu de chose. N'y a-t-il de salut que dans le tarif, et oubliez-vous l'impôt? Si le consommateur est bénévole, le contribuable ne l'est pas moins. Accablons-le de taxes, et que l'armateur soit satisfait. Je propose 5 fr. de prime, à prendre sur les contributions publiques, pour être livrés au constructeur pour chaque quintal de fer qu'il emploiera.

«Voix confuses. Appuyé, appuyé! Un agriculteur: À moi 3 fr. de prime par hectolitre de blé! Un tisserand: À moi 2 fr. de prime par mètre de toile! etc., etc.

«Le président. Voilà qui est entendu; notre session aura enfanté le système des primes, et ce sera sa gloire éternelle. Quelle industrie pourra perdre désormais, puisque nous avons deux moyens si simples de convertir les pertes en profits: le tarif et la prime? La séance est levée.»

Il faut que quelque vision surnaturelle m'ait montré en songe la prochaine apparition de la prime (qui sait même si je n'en ai pas suggéré la pensée à M. Dupin). lorsqu'il y a quelques mois j'écrivais ces paroles: