L'assemblée nationale est saisie d'une question immense, dont la solution intéresse au plus haut degré la prospérité et le repos de la France. Un Droit nouveau frappe à la porte de la Constitution: c'est le Droit au travail. Il n'y demande pas seulement une place; il prétend y prendre, en tout ou en partie, celle du Droit de propriété.
M. Louis Blanc a déjà proclamé provisoirement ce droit nouveau, et l'on sait avec quel succès;
M. Proudhon le réclame pour tuer la Propriété;
M. Considérant, pour la raffermir, en la légitimant.
Ainsi selon ces publicistes, la Propriété porte en elle quelque chose d'injuste et de faux, un germe de mort. Je prétends démontrer qu'elle est la vérité et la justice même, et que ce qu'elle porte dans son sein, c'est le principe du progrès et de la vie.
Ils paraissent croire que, dans la lutte qui va s'engager, les pauvres sont intéressés au triomphe du droit au travail et les riches à la défense du droit de propriété. Je me crois en mesure de prouver que le droit de propriété est essentiellement démocratique, et que tout ce qui le nie ou le viole est fondamentalement aristocratique et anarchique.
J'ai hésité à demander place dans un journal pour une dissertation d'économie sociale. Voici ce qui peut justifier cette tentative:
D'abord, la gravité et l'actualité du sujet.
Ensuite, MM. Louis Blanc, Considérant, Proudhon ne sont pas seulement publicistes; ils sont aussi chefs d'écoles; ils ont derrière eux de nombreux et ardents sectateurs, comme le témoigne leur présence à l'assemblée nationale. Leurs doctrines exercent dès aujourd'hui une influence considérable,—selon moi, funeste dans le monde des affaires,—et, ce qui ne laisse pas d'être grave, elles peuvent s'étayer de concessions échappées à l'orthodoxie des maîtres de la science.
Enfin, pourquoi ne l'avouerais-je pas? quelque chose, au fond de ma conscience, me dit qu'au milieu de cette controverse brûlante, il me sera peut-être donné de jeter un de ces rayons inattendus de clarté qui illuminent le terrain où s'opère quelquefois la réconciliation des écoles les plus divergentes.