«En définitive, la société doit à tous les membres de l'espèce, à charge de travail, un salaire qui les place dans une condition telle, qu'elle puisse être jugée aussi favorable que celle des sauvages.
«Alors la propriété sera légitime de tous points, et la réconciliation sera faite entre les riches et les pauvres.»
Voilà toute la théorie de M. Considérant[88]. Il affirme que cette question de la propriété est des plus simples, qu'il ne faut qu'un peu de bon sens pour la résoudre, et que cependant personne, avant lui, n'y avait rien compris.
Le compliment n'est pas flatteur pour le genre humain; mais, en compensation, je ne puis qu'admirer l'extrême modestie que l'auteur met dans ses conclusions.
Que demande-t-il, en effet, à la société?
Qu'elle reconnaisse le Droit au travail comme l'équivalent, au profit de l'espèce, de l'usufruit de la terre brute.
Et à combien estime-t-il cet équivalent?
À ce que la terre brute peut faire vivre de sauvages.
Comme c'est à peu près un habitant par lieue carrée, les propriétaires du sol français peuvent légitimer leur usurpation à très-bon marché assurément. Ils n'ont qu'à prendre l'engagement que trente à quarante mille non-propriétaires s'élèveront, à leur côté, à toute la hauteur des Esquimaux.
Mais, que dis-je? Pourquoi parler de la France? Dans ce système, il n'y a plus de France, il n'y a plus de propriété nationale, puisque l'usufruit de la terre appartient, de plein droit, à l'espèce.