«La métallurgie et l'agriculture furent les deux arts dont l'invention produisit cette grande révolution. Pour le poëte, c'est l'or et l'argent, pour le philosophe, c'est le fer et le blé qui ont civilisé les hommes et perdu le genre humain.
Il fallut donc sortir de l'état de nature pour entrer dans la société. Ceci est l'occasion du troisième ouvrage de Rousseau, le Contrat social.
Il n'entre pas dans mon sujet d'analyser ici cette œuvre; je me bornerai à faire remarquer que les idées gréco-romaines s'y reproduisent à chaque page.
Puisque la société est un pacte, chacun a droit de stipuler pour lui-même.
Il n'appartient qu'à ceux qui s'associent de régler les conditions de la société.
Mais cela n'est pas facile.
Comment les régleront-ils? sera-ce d'un commun accord, par une inspiration subite?... Comment une multitude aveugle, qui souvent ne sait ce qu'elle veut, exécuterait-elle d'elle-même une entreprise aussi grande, aussi difficile qu'un système de législation?... De là la nécessité d'un législateur.
Ainsi le suffrage universel est aussitôt escamoté en pratique qu'admis en théorie.
Car comment s'y prendra ce législateur, qui doit être, à tous égards, un homme extraordinaire, qui, osant entreprendre d'instituer un peuple, doit se sentir en état de changer la nature humaine, d'altérer la constitution physique et morale de l'homme, qui doit, en un mot, inventer la machine dont les hommes sont la matière?
Rousseau prouve fort bien ici que le législateur ne peut compter ni sur la force, ni sur la persuasion. Comment sortir de ce pas? Par l'imposture.