(On sait que Platon a fait deux livres: l'un pour signaler la perfection idéale—communauté des biens et des femmes—c'est le livre de la République; l'autre pour enseigner les moyens de transition, c'est le Traité des lois.)
Robespierre peut être considéré, d'ailleurs, comme un enthousiaste de la calme, paisible et pure antiquité. Son discours même sur la Propriété abonde en déclamations du goût de celles-ci: «Aristide n'aurait pas envié les trésors de Crassus! La chaumière de Fabricius n'a rien à envier au palais de Crassus!» etc.
Une fois que Mirabeau et Robespierre attribuaient, en principe, au législateur la faculté de fixer la limite du droit de propriété, il importe peu de savoir à quel degré ils jugeaient opportun de placer cette limite. Il pouvait leur convenir de ne pas aller plus loin que le droit au travail, le droit à l'assistance et l'impôt progressif. Mais d'autres, plus conséquents, ne s'arrêtaient pas là. Si la loi, qui crée la propriété et en dispose, peut faire un pas vers l'égalité, pourquoi n'en ferait-elle pas deux? Pourquoi ne réaliserait-elle pas l'égalité absolue?
Aussi Robespierre fut dépassé par Saint-Just, cela devait être, et Saint-Just par Babeuf, cela devait être encore. Dans cette voie, il n'y a qu'un terme raisonnable. Il a été marqué par le divin Platon.
Saint-Just... mais je me laisse trop circonscrire dans la question de propriété. J'oublie que j'ai entrepris de montrer comment l'éducation classique a perverti toutes les notions morales. Convaincu que le lecteur voudra bien me croire sur parole, quand j'affirme que Saint-Just a dépassé Robespierre dans la voie du communisme, je reprends mon sujet.
Il faut d'abord savoir que les erreurs de Saint-Just se rattachaient aux études classiques. Comme tous les hommes de son temps et du nôtre, il était imprégné d'Antiquité. Il se croyait un Brutus. Retenu loin de Paris par son parti, il écrivait:
«Ô Dieu! faut-il que Brutus languisse, oublié, loin de Rome! Mon parti est pris, cependant, et si Brutus ne tue point les autres, il se tuera lui-même.»
Tuer! il semble que ce soit ici-bas la destination de l'homme.
Tous les hellénistes et latinistes sont convenus que le principe d'une république, c'est la vertu, et Dieu sait ce qu'ils entendent par ce mot! C'est pourquoi Saint-Just écrivait:
«Un gouvernement républicain a la Vertu pour principe, sinon la Terreur.»